LIVRE III, CHAPITRE IV
gouvernement, se plaint et veut un amendement en îceluy. Or cette tyrannie est exercée par gens mal nays, cruels, qui aiment les meschans, brouillons, rapporteurs , hayssent et redoubtent les gens de bien et d'honneur, quibus semper aUena virtus fonnidolosa , — nobilitas , opes , omissi gestique honores pro crimine, ob virtutes certissimum exitium : — et non minus ex ma-gnâfamâ qmm malâ ^^. Mais ils sont bien punis ; car ils sont hays et ennemys de tous ; vivent en perpétuelle crainte et app^rebension ; tout leur est suspect ; sont bourrelés et deschirés au dedans en leurs consciences, et enfin périssent de maie mort *^^ et bientost, car c'est chose très rare qu'un viel tyran ^*. Les advis et remèdes en ce cas sont au long des-
44 (c Ceux-cî redoutent la vertu qui leur est étrangère. — La noblesse , les richesses , les charges que Ton a gérées , celles même que Ton a négligé de briguer , tout parak des crimes à leurs yeux ; plus on a de vertus , plus la perte est certaine. — Pour être condamné par eux, il suffît que l'on jouisse d'une grande réputation ; peu importe qu'elle soit bonne ou mauvaise ». Sallust. Bell. Catil, cap. v. — Tacit. Histor. L. I , c. II. — Id. vita Àgricol. c. v , injine.
*^^ De mort malheureuse.
4^ a On demandait à Thaïes ce qu'il avait jamais vu de plus rare. jUn tyran vieux , répondit-il ». Diogène-Laërce , vie de Thàlès. TyrannorumexecrabiUs eu: brevis potestas^ dit Sénèque , de ClémènU L. I , chap. xi. Voyez aussi dans Platon , de Rep, L. IX ^ une peinture du tyran.
dulls cy après ^^ en Heu plus propre. Les ad vis reviennent à deux ; empescher à l'entrée le tyran , qu'il ne se rende malstre ; estant Installé et recog^u , le souffiîr, et luy obeyr. Il vaut mieux le tolérer, qu'esmouvolr sédition et guerre civile, /?^yW, deteriusque tyrannide sive injusto imperio, beUwn cmle ^^ , Ton n'y galgne rien; le regimber ou rebeller enalgrlt *^5 , et rend encores plus cruels les mauvais princes : nihil tam exaspérai ferçorem vulneris , çuàrn ferendi impatientia ^^. La modestie et obeyssance les adoucit : car la douceur du prince, dit ce grand prince Alexandre, ne consiste pas seulement en leur naturel , mais aussi au naturel des subjects ; lesquels souvent par leurs mesdlsances et mauvais deportemens, irritent et gastent le prince, ou Pempirent , obsequio miligantur imperia, — et contra, contumacia inferiorum lenitatem imperitantis diminui: — coniumaciain cum pernicie , ijuam obsequium ciun securitate malunt ^\
^7 Au chap. XVI.
4S rr II j a quelque chose depîre, de plus funeste que la Ivrannîe , ou un gouyernement injuste , c'est la guerre civile ». Plutarque , F'ie de Brutus.
*49 Aigrit, irrite.
^ « Rien nUrrite plus une blessure, que Tiuipatience daus La douleur ». Hegesip. L. II , c. ix.
^' a La soumission adoucit les gouvernemens. — L'audace des inférieurs , au contraire , altère la douceur naturelle du chef. — Mais ils aiment mieux résister et se perdre , qu'obéir et vivre en paix ». Quint. Curt. L. VIII , chap. Vin. — Tacit. Annal. L. XVI , c. xxviii. — Id. Histor. L. IV , c. Lxxiv.