‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 229 sur 245 · LIVRE III, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE IV

blîques, ausquelles et à chacune d^îcelles ont esté donnés advîs et remèdes pour le regard du prince , maintenant il en faut donner pour les particuliers. Cecy ne se vuide pas en un mot : il y a deux questions ; l'une , s'il est loisible à l'homme de bien de prendre party, ou demeurer coy *^ ; l'autre en tous les deux cas, c'est à dire estant d'un party, ou n'en estant point, comment on s'y doibt comporter. Quant au premier poinct , il se propose pour ceux qui sont libres , et ne sont encores engagés à aucun party ; car s'ils y sont ja engagés, cette première question n'est pour eux : ils sont renvoyés à la seconde. Je dis cecy, à cause que l'on peut bien estre d'un party , non par choix et dessein , voire que l'on n'approuve pas, mais pource que l'on s'y trouve tout porté et attaché par très grandes et puissantes liaisons, que l'on ne peut bonnes tement rompre, qui couvrent et excusent assez, estant naturelles et équivalentes. Or la première question a des raisons et exemples contraires. Il semble, d'une part, que l'homme de bien ne sçauroit mieux faire que de se tenir coy ; car il ne sçauroit s'immiscer à aucun party sans faillir , pource que toutes ces divisions sont illégitimes de soy, et ne peuvent estre menées ny subsister sans inhumanité et injustice ^^

^ Juste-Lîpse agite aussi cette question délicate. Voyez cet auteur , loc. citât,

^7 Arma civilia neque parari neque haberi possunt per bonas artes, Tacit. Annal, L. I , c. ix.

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Et plusieurs gens de bien ont abhorré cela , comme respondict Âsmius PolUo à Auguste , qui le prioit de le suyvre contre Marc-Antoine ^^. D'autre part est-il pas raisonnable de se joindre aux bons et ceux (jui ont le droict? Le sage Solon Ta ainsi juge, voire il cbastie rudement celuy qui s'en retire et ne prend party ^'. Le professeur de vertu, Caton , Ta ainsi practiquë, ne se contentant de tenir un party, mais y commandant. Pour vuider ce doubte il semble que les hommes illustres, qui ont, et charge publique et crédit et suffisance en Pestât, peuvent et doîbvmt se ranger du party qu'ils jugeront le meilleur ; car ils ne doibvent abandonner en la tourmente le gouvernail du vaisseau, qu'ils conduisoient en bonace, doibvent servir à leur dignité, pourvoir à la seurete de

^ Velleîus Paterculus nous a conservé cette réponse. Quand Auguste pria Asînius Pollîo de venir avec lui à la guerre con- ' tre Marc-Antoine , Asînius Pollîo , lié par les bienfaits de ce dernier, lui répondît : <c Je me tiendrai à Técart sans entrer dans vos différens, et je serai la proie, du vainqueur >». Vell. Paterc. L. II, c. lxxxvi.

^ AuluGelle a conservé le texte même de cette loi de Solon, et la cite diaprés Aristote. Voyez NocL Alt, L.JI, c. xil. — Plutarque ne veut pas aussi que Ton reste calme , indifférent au milieu des partis ; mais il veut qu^on tâche de les réconcilier, sans se joindre à Tun ni à Tautre. Ce rôle n'est pas facile, f^oy, Plutarque : Instruction pour ceux qui manient les ajffaires d'état, -— Bodin approuve beaucoup la loi de Solon , et la croît très-utile, surtout dans les républiques. Voyez de Rep, L. IV, c. VI r.

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