‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 233 sur 245 · LIVRE 111, CHAPITRE V. J^ii · texte numérisé non relu

LIVRE 111, CHAPITRE V. J^ii

mieux punir que récompenser. Elle accuse , et nUndemnise point , lorsque Tinnocence est reconnue.

Exemples : la règle de Polyclète, qui était inflexible, et la règle Lesbienne qui pouvait se ployer en tout sens.

J USTICE est rendre à chascun ce qui luy appartient ' , à soy premièrement et puis à autruy * : et par ainsi elle compretid tous les debvoirs et offices d'un chascun, qui sont doubles; le premier est à soy-mesme, le second à autruy ; et sont comprins en ce commandement gênerai, qui est le sommaire de toute justice, tu aymeras ton prochain comme toy mesme; lequel non seulement met le debvoir envers autruy en second lien, mais il le monte et le reigle au patron du debvoir et amour envers soy; car, comme disent les Hébreux, il faut commencer la charité par soymesme.

« Le commencement donc de toute justice , le premier et plus ancien commandement , est de la raison sur la sensualité. Aupars^vant que Ton puisse bien commander aux autres , il faut apprendre à comman-

' C'est la définition de la justice, dans le Digeste, L. I , t. I , de Insiit, et Jure, leg. la.

^ C'est donc avec raison que Plutarque a dît : n H n'est pas vrai que le juste est utile seulement aux autres , et qu'il est inutile à lui-même et aux siens ». Plut. Comparaison d& Caton et d'Aristide, — N.

der à soy mesme, rendant à la raison la puissance de commander, et assubjettissant les appétits elles pliant à Fobeyssance. C'est la première originelle justice, interne, propre, et la plus belle qui soit '». Ce commandement de l'esprit sur la partie brutale et sensuelle, de laquelle sourdent les passions, est bien comparé à un escuyer qui dresse un cheval, pource que se tenant tousjours dedans la selle, il le tourne et manie à sa volonté.

Pour parler de la justice , qui s'exerce au dehors et avec autruy, il faut sçavoir premièrement qu'il y a double justice; une naturelle, universelle, noble, philosophique , l'autre aucunement artificielle , particulière, politique, faicte et contraincte au besoin des polices et estats. Celle-là est bien mieux reiglée, plus roide , nette et belle , mais elle est hors l'usage , incommode au monde tel qu'il est , veri juris gennanaeque justitiae soUdatn et expressam effigiem nulkun tenemus; umbris et imaginibus utimur ^ : il n'en est aucunement capable comme a esté dict ^. C'est la reigle de Polyclete, inflexible, invariable. Cette-cy est plus lasche et molle, s' accommodant à la foiblesse et ne-

^ Ces premières phrases de Falinéa , placées entre des gaillemets, sont prises deBodin , de la Rép, L. I , c. m.

^ « Nous n'ayons du vrai droit et de sa sœur la justice , aucune représentation solide et bien certaine : nous ne pouvons en offrir que Fombre, le fantôme ». Cicér. ^ QJfi<^

5 L. I , c. xxxix.

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