LIVRE III, CHAPITRE V
cours à la justice commutative tacitement permettent de se tromper Tun l'autre , et à certaine mesure, msiis qu^il ne passe point la moitié de juste prix , et c'est pource qu'ils ne sçauroient mieux faire. Et en la jus^ tice distribu tive, combien d'innocens prins, et de coulpables absous et relaschës et sans la £aiute des juges, sans compter le trop, ou le trop peu, qui est presque perpétuel en la plus nette justice ! La justice s'empesche elle-mesme , et la suffisance humaine ne peut voir ny pourvoir k tout. Voicy entre autres un grand deffaut en la justice distributive , de punir seulement , et non salarier , bien que ce soient les deux parties et les deux mains de la justice, mais selon qu'elle s'exerce communément, elle est manchotte et incline toute à la peine. « La plus grande faveiur que l'on reçoive d'elle, c'est l'indemnité, qui est une monnoye trop courte pour ceux qui font mieux que le commun » ^. Mais il y a encores plus ; car soyez déféré et accusé à tort , vous voylà en peine et souffrez beaucoup; enfin vostre innocence cognue, vous en sortez^ absous de la dernière punition, mais sans réparation de l'affliction, qui vous demeure tousjours. Et l'accusateur moyennant qu'il aye apporté si petite couleur que ce soit ( qui est facile à faire ) s'en va
la tyrannie. Voy. Piut. Instruction pour ceux qui manient affaires d'étal. — N.
9 Ce sont les propres ternes 4^ M<mtaigiie , L. III , c. xiii.
sans punitlou, tant est escharse la justice *^^ au loyer, et recognoissance du bien, et toute au chastiment. Dont est venu ce jargon, que faire justice , et estre subject à justice s'entend tousjours de la peine ; et est aysé à qui veut de mettre un autre en peine , et le réduire en tel estât, quHl n*en sortira jamais qu^avec perte.
De la justice et du debvoir y a trois parties prin* cipales. Car Fhomme doibt à trois ; à Dieu , à soy , à son prochain : au dessus de soy, à soy et à costë. Du debvoir envers Dieu , qui est la pieté et religion , a este dict assez amplement cy-dessus " . Il reste donc icy à parler du debvoir envers soy et son prochain.
*^^ Tant la justice est chiche pour la récompense. •« L. II, c. V.