‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 238 sur 245 · LIVRE III, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE VI

dans la solitude et se passer des autres , non par yanîté , mais pour mettre à profit toutes ses ressources personnelles, naturelles ou acquises. Il faut bien dispenser son tems, régler ses heures ; former son esprit , son jugement ; s^accoutumer surtout à douter , c^est le principe de la sagesse.-— L^homme se doit aussi de prendre soin de son corps. La nature le lui a donné comme Tinstrument de Tesprit; qu'il reste sous sa tutelle. L'esprit doit être pour le corps , comme un maître , mais non comme un tyran : il doit l'assister 9 le conseiller , le nourrir, mais non l'engraisser. Le corps resters^ dans un état florissant par une nourriture modérée, et par l'exercice. — Enfin l'homme doit veiller sur les biens que la nature ou la providence lui a donnés. Haïr et aimer trop les richesses sont deux excès également vicieux. Le sage les estimera ce qu'elles valent, connaîtra les biens et les maux qu'elles peuvent produire. Si elles se» présentent, il saura en jouir; si elles lui échappent, il ne s'en désespérera point. 11 est indigne de l'homme qui croit à une autre vie , d'attacher un trop grand prix aux biens de ce monde.

Exemples : Zenon. — Aristote.

Cegy est assez comprins en tout cet œuvre ; au pre-mîer livre qui enseigne à se cognoistre et toute l'humaine condition; au second qui enseigne à estre sage , et en donne les advis et les reigles ; et au reste de ce livre spécialement es vertus de force et tempérance : toutesfois comme en un sommaire je mettrai icy tfath qùes advis plus exprès et fonnels.

Le premier et fondamental advis est de se resouldre à ne vivre point par acquit , à l'incertain et à Padventure, comme font presque tous, qui semblent se moquer et ne vivre pas à bon escient, ne traîctent et ne conduisent point leur vie sérieusement , attentifrement , vivent du jour à l'autre , comme il adviendra. Ils ne goustent, ne possèdent, ny ne jouyssent'de la vie; mais ils s'en servent pour faire d'autres choses. Leurs desseins et occupations troublent souvent, et nuisent plus à la vie qu'ils n'y servent. Ces gens icy font tout à bon escient, sauf de vivre. Toutes leurs actions et les petites pièces de la vie leur sont sérieuses ; mais tout le corps entier de la vie n'est qu'en passant et comme sans y penser ; c'est un présuppose , à quoy ne faut plus penser. Ce qui n'est qu'accident leur est principal , et le principal ne leur est qu'accessoire. Us s'affectionnent et se roidissent à toutes choses, les uns à amasser sciences, honneurs, dignités, richesses; les autres à prendre leur plaisir, chasser, jouer, passer le temps; les autres à des spéculations, fantaisies, inventions; les autres à manier et traicter affaires ; les autres à autres choses; mais à vivre ils ny pensent pas. Ils vivent comme insensiblement estant bandés et pensifs à autres choses. La vie leur est comme un terme et un delay pour l'employer à d'autres choses. Or tout cecy est très injuste, c'est un malheur et trahison à soy-mesme ; c'est bien perdre sa vie , et aller contre ce qu'un chascun se doibt ,

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