LIVRE III, CHAPITRE VI
qai est de vivre sérieusement, attentifvem^ot , et joyeasement , bini vivere et loeiari,
Sibî semper valere et Tivere doctas 'y
affin de bien vivre et bien mourir , c^est la tasche d^uii chascun. Il faut meùer et conduire sa vie à la façoa d^un grand affaire de poids, et de conséquence, et comme un prix faict , duquel il faut rendre compte exactement et par le menu. Cest nostre grand affaire, aussi tout le reste n^est que baboyes, *^ choses accessoires et superficiaires^^. Il y en a qui délibèrent bien de ce faire, mais c'est quand il ne leur faut plus vivre ; ressemblent à ceux qui attendent à vendre et achepter jusques après que la foire est passée , et puis font des sottes et vaines plaintes. Ne me sera-t-il jamais loisible de faire ma retraicte, et de vivre à moy ? quàin serwn est incipere vivere , cian desinendum est! (fuàm stulta rnortalitatis obUm ! — dimi differtur , vita iranscunit ^. Voylà pourquoy les sages crient de bien
« « Bien vivre et se réjouir : — ne s'occuper que de soi , et n^étre savant que dans Fart de vivre ». Lucrèce, L. V, v. gSg.
*^ Babioles, bagatelles d*en(ant , de bambin. Je p^aî trouvé ce mot nulle part.
*^ Superficielles.
^ « Qu^il est tard de commencer \ vivre , quand on touche au terme de la vie ! Quel fol oubli de la loi commune qur nous condamne à mourir ! — Tandis que Ton diflfère , la vie s*é« coule ». Sénèq. de Brevitate vitœ, c. iv. — id, ép. i'«.
/^o DE LA SAGESSE^
mesnager le temps, tempori parce ^ , que nous a^avons besoin de chose tant que du temps, disoit Zenon ^; €ar la vie est courte, et Fart est longue ^ ; ^on Part de guarir, mais plustost de vivre, qui est la sagesse. A ce premier et capital advîs servent les sujvans.
2. *^ Apprendre à demeurer, se délecter et contenter seul, voire se passer de tout le monde, si besoin est; la plus grande chose est de savoir estre à soy, la vertu se contente de soy ; gaignons sur nous de pouvoir à bon escient vivre seuls, et y vivre à nostre ayse; apprenons à nous passer et nous desprendre de toutes les liaisons qui nous attachent à autruy , et que nostre contentement despende de nous, sans chercher, ny aussi desdaigner ou refuser les compagnies , voîre gayement y aller et s'y trouver , si le besoin nostre ou d'autruy le requiert : mais ne nous y accoquiner et y establir nostre plaisir, comme aucuns qui sont comme demy-perdus estant seuls. Il faut avoir au dedans soy, de quoy s'entretenir et contenter, et in sinu suogaudere ^. Qui a gaigné ce poinct,
^ Sénèq. ép. xciv.
^ Voy. Diogène Laërce, Vie de Zenon.
7 i". Aphorisme d'Hipocratc. — Le mot art était encore fëmînîn , au tems de Charron.
** Sous-enteadez , il faut,
9 Sénèq. ép. cv. La traduction précède. — TîbuUe a dît d« même :
Qui sapit , in tacUo gaudeat ille sinu.
£leg. XIII y y. 8.