‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 242 sur 245 · LIVRE III, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE VI

U ne pouvoit mieux faire ny choisir : et puis il ne s^escbaufFe point, car la raison va tout doux. Le fol qui se laisse mener à ces deux, ne faict qu'extravaguer, se gendarmer, jamais ne repose. Il est tousjours à se radviser, changer, rhabiller, repentir, et jamais n^est content ; aussi n^ appartient-il qu^au sage de Testre , et qu'à la raison et à la vertu de nous faire et rendre tels, nuUa placidior quies, nisi quant ratio composuit '^. L'homme de bien se doibt régenter , respecter , et craindre sa raison et sa conscience , qui est son bon génie , si qu'il ne puisse sans honte broncher en leur présence, rarum est ut satis se quisque vereatur '9.

Quant au corps, l'on luj doibt assistance et couduicte. C'est folie de vouloir séquestrer et desprendre ces deux parties principales l'une de l'autre ; au rebours il les faut rallier et rejoindre. La nature nous a donne le corps comme instrument nécessaire à la vie : il faut que l'esprit, comme le principal, prenne la tutele du corps. U ne le doibt pas servir ; ce seroit la plus vile, injuste, honteuse et onéreuse servitude de toutes : mais l'assister, le conseiller, et luy estre comme marj. U luy doibt donc du soin , et non du service: il le doibt traicter comme seigneur, non

'^ « Il VLj a point de repos plus doux que celui que la raison lious a préparé ». Sénèq. ëp. LVi.

<9 <c II est rare que Ton sache se craindre, se respecter assez » . Quintilian. Instit, oral. L. X , c. vii.

comme tyraû; le noarrir, non TengTaîsser, luj monstrant qu^il ne vit pas pour lay, mais qu^îl ne peust vivre icj bas saas luy. C'est adresse à Fonvrier de s<;avoir bien user et se servir de ses outils ; aussi estce un grand advantage à Thomme de se sçavoir bien servir de son corps , et le rendre instrument propre à exercer la vertu. Au reste, le corps se conserve en bon estât par nourriture modérée , et exercice bien reiglé. Comment Fesprit doibt avoir part et tay faire compagnie aux plaisirs, il a esté dict cy^iessus, et sera encores dict en la vertu de tempérance.

Quant aux biens et au deb voir d'un chascun en cet endroict, il y a plusieurs et divers offices : sont sciences diflferantes qu'amasser des biens, conserver, mesnager ^ empk>itter, et leur domier tour ****. Tel est sçavant en l'un, qui n'entend rien en l'autre, ny n'y est propre. L'acquisition a plus de parties que toutes ks autres. L'emploîte *^'^ est plus glorieuse et ambitieuse. La conservation et la garde, qm est propre à la femme, est sombre.

Ce sQfai deux extrémités pareilleofient vicieuses; aymer et affectionner les richesses ; les hayr et rejetter. J'entends richesses ce qui est outre et par dessus - --^ —' — ^

**^ On Ut dans rédltion de Dijon : et leur donner tout; ce qtiî est înIntelUgîble. — Leur donner tour doit signifier les façonner, les cultiver, les embeilir.

*" L^emploi , Tusage.

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