‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 241 sur 245 · LIVRE III, CHAPITRE VI. l^l · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE VI. l^l

qui se présentent , se font, se disent, s^en faire leçon, se ks appliquer sans en faire bruict ny, semblant.

Et pour plus particulariser , nous sçavons que le debvoir de l'homme envers soy est en trôit, comme il a trois parties à reigler et conduire, Fesprit, le corps, et les biens. Pour Tesprit (le premier et principal auquel appartiennent premièrement et par preciput les advis généraux que nous venons de dire), nous sçavons que tous ses mouvemens reviennent à deux, penser et désirer; Pentendement et la volonté, ausquels repondent la science et la vertu, les deux omemens de Tesprit. Quant au premier qui est l'entendement, il le faut préserver de deux choses î»ucunement contraires et extrêmes , sçavoir sottise et folie, c'est à dire de vanités et niaiseries d'une part, c'est l'abastardir et le perdre; il n'a pas esté faict pour niaiser, non ad jocum et lusum genitus , sed ad severitatem poHùs '^, et d'opinions fantasques , absurdes et extravagantes, d'autre c'est le sallir et villaner *'^, 11 le faut paistre et entretenir de choses utiles et sérieuses , le teindre et abreuver des opinions saines , douces, naturelles; et ne faut pas tant estudier k l'es-

'^ ce La nature ne l'a pas formé pour les jeux et les amusemens, mais bien plutôt pour les occupations sévères ». Cicer. de Offic. L. I , c. xxxix> n^ io3.

"^'^ L'édition de Dijon met : c'est de sallir et vUaner^ ce qui est inintelligible , et contraire au texte des deux i"**. éditions.

lever et guinder, à le tendre et roidir , comme à le reîgler, ordonner, et policer; Tordre et la pertinence c^est Teffect de sagesse , et qui donne prix à Tame : et sur to«t se garder de présomption, opîniastreté : \ices familiers à ceux qui ont quelque gaillardise et vigueur d^ esprit : plustost se tenir au doubte en sus-» pens, principalement es choses qui reçoivent oppositions et rsûsons de toutes parts , mal aysëes à cuire et digérer : c^est une belle chose que sçavoir bien ignorer et doubter, et la plus seure, de laquelle ont faict profession les plus nobles philosophes '^, voire c^est le piîncipal effet et fruict de la science.

Pour le regard de la volonté , il faut en toutes choses se reigler et soubmettre a la droicte raison , qui est Foffice de vertu, non à Topinion volage, inconstante, faulse ordinairement,' moins encores à la pas* sîon. Ce sont les trois qui remuent et régentent nos âmes. Mais voicy la différence , le sage se reigle et se range à ce qui est selon nature et raison , regarde au debvoir , tient pour apocryphe et suspect ce qui est de Topinion , condamne tout à faict ce qui est de la passion, et pource vit-il en paix, chemine tout doucement en toutes choses, n^est point subject à se repentir, se desdire, changer, car quoy qu'il advienne,

■7 Dans ce même volume , on trouvera les noms de plu^ sieurs philosophes tant anciens que modernes dont la science était de savoir douter et ignorer. Yoy. suprà, page 46 9 dans^ les notes.

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