LIVRE II, CHAPITRE II. 6i
peuple, poHcé, distingué par royaumes et empires, garni de villes qui surpassent en beauté , grandeur , opulence, toutes celles qui sont en Asie, Aphrique, Europe, il y a plusieurs milliers d^années : et qui doute que d'icy à quelque temps il ne s'en descouvre encores d'autres? Si Ptolomée et les anciens se sont trompés autrefois, pourquoy ne se peust tromper encores celuy qui diroit que maintenant tout est descouvert et trouvé? Je m'en voudroy bien fier en luy.
Secondement que les zones que l'on pcnsoit ignoramment inhabitables à cause du chaud et froid excessif, sont très habitées.
Tiercement qu'en ces i^ouvelles terres , presque toutes les choses que nous estimons icy tant , et les tenons-nous avoir esté premièrement révélées et envoyées du ciel, estoient en créance et observance commune ^^ (d'où qu'elles soient venues je ne touche point là ; qui en ose déterminer ?) plusieurs mille ans auparavant qu'en eussions ouy les premières nouvelles, soit au faict de religion, comme la créance d'un seul premier homme père de tous, du déluge uni-<versel , d'un Dieu qui vesquit autrefois en homme vierge et saint, du jour du jugement, du purgatoire , résurrection des morts , observation des jeusnes , caresmes, célibat de^prestres, omemens d'église, surplis, mittre, eau beniste, adoration de la croix, cir-
^7 Voyez Montaigne, L. II, chap. xif.
concision pareille à la juifve et maliumetane. Au fait de la police , comme que les aisnés succèdent h tout le bien , que le promeu à un beau et grand grade , prend un npuveau nom , et quitte le sien , subsides tyranniques, armoiries, sauts de batteleurs^ musique d'instrumens , toutes sortes de nos jeux, artillerie^*, imprimerie ^^. Par tous ces discours, nous tirons aisément ces conclusions : que ce grand corps que nous appelions le monde , n^est pas ce que nous pensons et jugeons; que ny en son tout, ny en ses parties, il n^est pas tonsjours mesme, ains en perpétuel flux et reflux; qu'il n'y a rien dict, tenu, creu, en un temps et lieu qui ne soit pareillement dict , tenu , creu, et aussi contredict, reprouvé, condamne ailleurs ; estant
^^ Quoique Tnsage de la poudre soit ancien à la Chine, dît le père du Halde, l'artillerie j est assez moderne, et Ton ne sVst guère servi de la poudre depuis son invention , que pour les feux d'artifice , en quoi les Chinois excellent. 11 y avait cependant trois ou quatre bombardes courtes et renforcées , aux portes de Nanking , assez anciepnes pour faire juger qu'ils ont eu connaissance de l'artillerie ; ils paraissaient cependant en ignorer Fusage , et elles ne servaient là qu'à être montrées comme des pièces curieuses ». Descripu de la Chine, t. II , page /^7. N.
^9 Le P. du Halde dit que l'imprimerie ne fut inventée à U Chine qu'environ cinquante ans avant l'ère chrétienne , tome I , pag. 383 ; mais ailleurs il dit que cet art j était pratiqué de tems immémorial. Description de la Chine ^ t. 1 1 ^ pag. 24.9 , colon. 2. N.