‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 66 sur 245 · LIVRE II, CHAPITRE V. laS · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE V. laS

de sang d^enfans. Quelle aliénation de sens , penser flatter la divinité par inhumanité, payer la bonté divine par nostre affliction, et satisfaire à sa justice par cruauté? justice donc affamée de sang humain, sang innocent , tiré et respandu avec tant de douleurs et tourmens, ut sic DU placentur, (juemadmodiun ne hommes (juidem sœviunt^°\ d'où peut venir cette opinion et créance , que Dieu prend plaisir au tourment , et en la defaitte de ses œuvres , et de Fhumaine nature ? suivant cette opinion , de quel naturel doit estre Dieu ? mais tout cela a esté aboly parle christianisme, comme a esté dit cy-dessus.

EHles ont aussi leurs différences , leurs articles pardculiers et séparés , par lesquels elles se distinguent entre elles , et chascune se préfère aux autres , et se confie d'estre la meilleure et plus vraye que les autres , et s'entrereprochent aussi les unes aux autres quelques choses , et par-là s' entrecondamnent et rejettent.

Mais l'on n'est point en doûbte ny en peine de sçavoir quelle est la vraye , ayapt la Chrestienne tant d'advantages et de privilèges si hauts et si authenti-

vince du Mexique et ]a partie méridionnale de celle de Tlascala. D'après l'antre , on donnait autrefois ce nom à la ville dç Mexique et à la province qui en dépendait.

'® « Ainsi les dieux seraient appaisés par les actes même qui sont , dans les hommes , un témoignage de cruauté ». Sénèque , apud div, /éug. de Civ. DeL L. VI , c. X.

ques par dessus les autres, et privatîvement d'icelles. C'est le subject de ma secoade Vérité " , où est montré combien toutes les autres demeurent au dessoubs d'elle.

Or comme elles naissent l'une après l'autre, la plus jeune bastit tousjours sur son aisnée , et prochaine précédente, laquelle elle n'improuve, ny ne condamne de fond en comble, autrement elle ne seroit pas ouye , et ne pourroit prendre pied ; mais seulement l'accuse ou d'imperfection ou de soi^ terme finy , et qu'à cette occasion elle vient pour luy succéder et la parfaire ^ et ainsi la ruine peu à peu , et s'enrichit de ses despouilles^, comme la Judaïque qui a retenu plusieurs choses de la Gentile *'* Egyptienne son aisnée, ne pouvant ce peuple Hébreu estre si tost sevré et nettoyé de ses coustumes : la Chrestienne bastie sur les vérités et promesses de la Judaïque : la Mahumetane sur toutes les deux^ retenant presque toutes les vérités de Jesus-Christ , sauf Ja première qui est

" Ici, Charron renvoie ]e lecteur à son Livre des trois Vérités , publié en 1594, sept ans avant son Traité de la Sagesse.

'^ Variante. Comme la Judaïque a £aiit à la Gentile et Egyptienne , la Chrestienne à la Judaïque, la Mahumetane à la Judaïque et Chrestienne ensemble : mais les vieilles condamnent bien tout à (aict'et entièrement les jeunes , et les tiennent pour ennemies capitales.

*»■ I-ia paycnne.

Page 1