LIVRE II, CHAPITRE V. i
les bestes innocentes , que Ton massacroit avec effusion de leur sang , pour un précieux présent à la Divinité, mais (chose estrange de Fyvresse du genre humain) sur les enfans , petits, innocens, et les hommes faits, tant criminels que gens de bien; coustume pratiquée avec grande religion par toutes nations ; Getes , qui entre autres cérémonies et sacrifices depeschent vers leur dieu Zamolxis, de cinq en cinq ans, un homme d'entre eux pour le requérir des choses nécessaires. Et pour ce qu'il faut que ce soit un qui meure tout à l'instant , et qu'ils l'exposent à la mort d'une certaine façon douteuse , qui est de le lancer sur les pointes de trois javelines droites , il advient qu'ils en despeschent plusieurs de rang, jusqucs à ce qu'il vienne un qui s'enferre en lîeu mortel, et expire soudain , estimant cettuy là estre propre et favorisé, les autres non : Perses, tesmoin le fait d'Âmestris , mère de Xerxès * , qui en un coup enterra tous vifs quatorze jouvenceaux , des meilleures maisons , selon la religion du païs : anciens Gaulois , Carthaginois, qui immoloiént à Saturne leurs en-
^ II fallait dire , femme de Xerxès, Mais Charron qui copie ici Montaigne , a fait la même faute que lui. Amyot a le premier trompé Montaigne , en mettant par inadvertance le mot de mère dans le Traité de la Superstition , traduit de Plutarque, Quoi qu^îl en soit , voyez sur ce fait Hérodote « L. VIL
fans ^ , presens pères et mères ; Lacedemonîens , qoî mîgnardoîent leur Diane y en faisant fouetter des jeunes garçons en sa faveur , souvent jusques à la mort ^ : Grecs, tesmoins le sacrifice d^Iphigenia : Romains, lesmoins les deux Decies ; quœfuii tanta iniquitas Dec- Twn ut placari pop. Rom, non possent , nisi taies viri occidissent ^ : Mahumetans , qui se balaffrent le visage , Festomach , les membres , pour gratifier leur prophète : les Indes nouvelles, orientales et occident taies : et au Themistitan ^ , cimentant leurs idoles
^ Mos fuit in poffulis quos condidit advena Dida, Poscere cœde Deos veniam, acflagrantibus aris, Infandum dictu l patvos imponere natos.
SiLHiS Ital. L. ly.
Après quoi le poète ajoute :
Heu ! prùnœ sceierum causœ mortalibus agris Naturam nescire Deûm. . . . Ibid.
« Hélas ! misérables mortels , votre ignorance sur la nature des dieux est la première cause de vos crimes ».
7 Voy. Piutarque , Dits notables des Lacëdëmoniens , vers la fin.
^ « Comment les dieux se montrèrent-ils assez injustes pour ne vouloir pas pardonner au peuple romain , si de tels hommes ne périssaient » ? Cicer. de natur, Deor, L. III , ch. vi.
d J^ai cherché en vain ce nom, sous toutes les formes , dans nos dictionnaires géographiques : je ne Fai trouvé que dans le grand dictionnaire de Trévoux , dans lequel il fait deux articles, étant écrit dans l'un, Temistitan, et dans l'autre Themistitan : selon le premier article, c'est le nom d'une grande contrée de l'Amérique Septentrionale , qui comprend la pro-