‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 76 sur 245 · LIVRE II, CHAPITRE V. i4i · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE V. i4i

et contemplative, et moins externes , les moindres et imparfaits, quasi sub paedagogo , demeurent en l'autre de laîct externe et populaire.

La religion est en la cognoissance de Dieu , et de soy-mesme (car c'est une action relative entre les deux) : son office est d'feslever Dieu au plus haut de tout son effort, et baisser l'homme au plus bas , l'abbattre comme perdu , et puis lui fournir des moyens de se relever, lui faire sentir sa misère et son rien, afin qu'en Dieu seul il mette sa confiance et son tout.

L'office de religion est nous lier avec l'autheur et principe de tout bien , reunir et consolider Thomme à sa première cause , comme à sa racine, en laquelle tant qu'il demeure ferme et fiché , il se conserve à sa perfection : au contraire quand il s'en sépare, il seiche aussi-tost sur le pied^^.

La fin et l'effet de la religion est de rendre fidellement tout l'honneur et la gloire à Dieu , et tout le proffît à l'homme : tous biens reviennent à ces deux choses. Le proffit qui est un amendement et un bien essentiel et interne, est deu à l'homme vuide , nécessiteux, et de tous points misérable ^^ : la gloire, qui est un ornement accessoire et externe, est deu à Dieu seul , qui est la, perfection et la plénitude de tous

^ Tout ce paragraphe est tiré de Du Vair , Philosophie morale des Stoïques , p. 901.

h Charron mutile ici de très-belles pensées de Montaigne , L. II , chap. XYi I au commencement.

i4a DE LA SAGESSE,

biens , auquel rien ne peust estre adjousté , Gloria in exceUis Deo , et in terra pax hominibus ^^.

Suyvant ce dessus *^' nostre instiiiction à la pîetë, est premièrement d^apprendre à cognoîstre Dieu : car de la cognoissance des choses procède Thonneur que nous leur portons. Il faut donc premièrement que nous croyons qu'il est , qu'il a créé le monde par sa puissance , bonté, sagesse, que par elle-mesme il le gouverne; que sa providence veille sur toutes choses, voire les plus petites ^° ; que tout ce qu'il nous envoyé est pour nostre bien , et que nostre mal ne vient que de nous. Si nous estimions maux les fortunes

^^ <c Gloire à Dieu dans les cîeux , et paix aux hommes sur la terre ». St. Luc , Évang. cbap. u , v. it^,

"^^ Suivant ce qui est dît ci--dessus.

4^ Tout cela parah pris dans ce beau passage de Sénè(]<ae : ce Le culte des Dieux consiste à croire premièrement qu^ils existent , ensuite à reconnaître leur majesté souveraine , et leur bonté sans laquelle il n'y a point de véritable grandeur. Il faut aussi être persuadé que ce sont eux qui gouvernent Tunivers ; qui , par leur puissance , règlent et conduisent toutes choses ; qui prennent soin du genre humain , et qui entrent même quelquefois dans les aRaires des particuUers. Comme ces êtres souverains ne sont point susceptibles de mal , ils n'en font point aussi.. . . Voulez-vous les avoir propices , soyex gens de bien. C'eet les honorer suffisamment que de les imiter ». Primus est Deorum cuttus Deos credere , etc. — Senec. Epist. xcv. Voyez aussi Cicéron, é/e Legibus , L, Il , cap. vu, et Epictète , Enchirid, art- 38 , et surtout art. ^2 , d'où toute la suite de ce paragraphe parait avoir été prise.

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