‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 96 sur 245 · LIVRE II, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VII

troubles ; l'entrée en est fascheuse ; Us dîsparoissent en un moment : et quand ils sont escoulës , il ne demeure que de la bourbe au fonds.

Le second poînct est de se souvenir, que la prospérité est , comme un venin emmiellé , douce et flatteresse , mais très dangereuse ; à quoy il se faut bien tenir en cervelle. Quand la fortune rit , et que tout arrive à souhait, c'est lorsque nous devons plus craindre et penser à nous , tenir nos affections en bride , composer nos actions par raison , sur-tout éviter la présomption, qui suit ordinairement la faveur du temps ' ' . Cest un pas glissant que la prospérité , auquel il se faut tenir bien ferme , il n'y a saison en laquelle les hommes oublient plustost Dieu; c'est chose rare et difficile de trouver personne qui ne s'attribue volontiers la cause de sa félicité. C'est pourquoy en la plus grande prospérité, il faut user du conseil de ses amis, et leur donner plus d'authorité sur nous qu'en autre temps. Il faut donc faire comme en un mauvais et dangereux chemin , aller en crainte et doute , et demander la main d'autruy : aussi en telle saison le malheur est médecine , car il nous ramené à nous cog-

noîstre.

" Voyez là-dessus Cicéron : De Officiis , L. 1 , c. xxvi. Ce que dît ici notre auteur n^est presque qu^ui^ traduction du beau passage de ce Livre : atque etiam in rébus prospvrisy et ad volurUatem nostramjluentibus, superbiam ,J'astidium , arroganiiamgue magnoperè Jiigiamus , etc.

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