LIVRE II, CHAPITRE VU. ijS
4jue casus sapiens aptusest, bonorumreclor, malorumvicior;^-In secundis non confiait, in adversis non déficit, nec avidus periculinecfiigax,prosperitatem non expectans, ad utrwnque paratus ^ adversus utrumque intrepidus, necillius tumultu, nec hujus fulgore percussus. Contra calamiîates foriis et contumax , luxuriae non adçersus tantùm, sed et infestas : hoc praecipuutn inbinnanis rébus erigereanimam supra minas et promissafifrtunae ^. La sagesse nous fournît d'armes et de discipline, pour tous les deux combats, contre Fadversité nous fournit d'esperon , et apprend à eslever , fortifier et roidir le courage , et c'est la vertu de force : contre la prospérité nous fournit de bride, et apprend à rabaisser les aisles , et se tenir en modestie , et c'est la vertu de tempérance: ce sont les deux vertus morales, contre les deux fortunes. Ce que le grand philo-
^ ce Le sage est préparé pour toute espèce d^événemens. Sont- ils favorables? il en profite avec modération ; contraires? il les surmonte par son courage. — Il ne se fie pas aux premiers , et nVst point abattu par les autres. Sans chercher ni fuir le danger , sans attendre la prospérité , la bonne comme la mauvaise fortune le trouve toujours prêt. Les bravant toutes deux, ni Téclat de Fune, ni la 'foudre de Fautre ne saur^ Fatteindre. Fort , inébranlable dans la misère , il repousse , comme une ennemie , la trop grande opulence. — • La principale règle dans la vie, est d'élever son ame au dessus des menaces comme des promesses de la fortune ». Toute cette citation est prise dans Sénèque; la première phrase dans Fépitre Lxxxv , tout le reste dans les Nat. Quœst. L. 111 , prcefat.
sopheEpIctete a très bien signifié, comprenant en deux mots toute la /philosophie morale, sustine et obstine^, soustien les maux , c'est l'adversité : absûen-toy des biens, c'est-à-dire* des voluptés de la prospérité. Les advis particuliers contre les particulières prospérités et adversités, seront au livre troisiesme suyvant, en la vertu de force et de tempérance ; ici noua mettrons les advis généraux et remèdes contre toute prospérité et adversité , puis qu'en ce livre nous instruiscms en gênerai à la sagesse, comme a esté dict en son préface. Contre toute prospérité , la doctrine et advis commun sera en trois poincts : le premier que mal et à tort les honneurs , les richesses et faveurs de la fortune sont estimés et appelés biens , puis qu'ils ne font point l'homme bon, ne reforment point le meschant, et sont communs aux bons et meschans. '° Celuy qui les appelle biens, et a mis en iceux le bien de l'homme, a bien attaché nostre heur à un cable pourri, et ancré nostre félicité en un sable mouvant ; car qu'y a-t-il si incertain et inconstant que la possession de tels biens , qui vont et viennent , passent et s'escour lent comme un torrent ? Comme un torrent ils font bruit à l'arrivée , ils sont pleins de violence , ils sont
9 Ces deux mots d'Epictète àvsp^ov xai ÔLirlyoy , que Charron traduit et explique eu les citant, se trouvent dans Aulu- Gelle. Noct, Attic. L. XVII , cap. xix.
'° Ce qui va suivre jusqu^à la fin du paragraphe , est tiré de Du Vair : Philosophie morale des Sto'iç, p. 876.