‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 98 sur 245 · LIVRE II, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VII

et en hoiTeur les adversités et afflictions, il les appellent maux et malheurs , et très grands maux , combien que toutes choses externes ne soyent bonnes ni mauvaises : jamais les adversités ne firent meschant un homme '^ , mais plustost ont profité et servi à réduire les meschans, et sont communes aux bons et aux meschans ^^.

Certes les fléaux et tristes accidens sont communs à tous , mais ils ont bien divers effects , selon la main qu^ils rencontrent. Aux fols et reprouvés ils ne servent que de désespoir , de trouble et de rage : ils les font bien ( s'ils sont pressans et extrêmes ) boucquer *'\ crier à Dieu, et regarder au ciel : mais c'est tout; car "ils n'en valent pas mieux : aux errans et delinquans sont autant d'instructions vives et de compulsoires , pour les ramentevoir *'* de leur debvoir , et leur faire recognoistre Dieu : aux gens de vertu sont lices et tournois pour jouster et exerciter leur vertu , se recommander plus et s'allier à Dieu : aux prudens matière de bien , et quelquesfois planches pour passer , et monter en toute hauteur et grandeur, comme il se lit

*5 Voyez ce que Montaigne dit de lui , L. III , ch. ix.

** Tacite nous dit qu'Othon était, rébus prosperis incertus , et inier adversa melior. Hîst. L. II , c. xxiii. — Et Commines dit de Louis XI : <c jamais je ne connus si sage homme en adversité ». L. III , ch. xii.

"^^1 Faire la moue.

*t8 Pour les faire ressouvenir.

i8o DE LA SAGESSE,

et se voit de plusieurs ausquels estans arrivées de grandes traverses , que Ton pensoit estre leur malheur et ruine entière, ils ont esté par ce moyen haut élevés et agrandis : et au rebours sans ces malheurs demeuroyent à sec , comme sçeut bien dire et s'écrier ce grand capitaine Athénien , perierainus nisipemssemus '*. * Un très beau et riche exemple de cecy a esté Joseph Hebrieu , fils de Jacob. Ce sont bien coups du ciel , mais la vertu et prudence humaine luy sert d'instru* ment propre , dont est provenu ce très beau conseil des s^es^ faire de nécessité çertu. Cest une très belle mesnagerie, et premier trait de prudence, tirer du mal le bien , manier si dextrement les affaires , et sçavoir donner si à propos le vent et le biais , que du malheur Ton s'en puisse prévaloir, et en faire sa condition meilleure ***.

>9 « Nous périssions , si nous n'eussions péri ». C'est un mot de Thémlstocle , que Plutarque cite dans la vie de ce capitaine. Thémistocle était alors à la cour d' Artaxerce , où il s'était réfugié. •— Epictète a un mot semblable : « le sage , di.-îl , sauve sa vie en la perdant ». Apud Arian. L. IV.

''^ Il faut appliquer à ces philosophes qui disent de sangfroid que le mal n'est rien , et qui vous accablent de mille lieux-communs pour vous prouver que vous devez l'endurer sans vous plaindre ; il faut , dis-je , leur appliquer ces vers de Térence ;

Facile omnes , çuum vaUmus , recta consilia œgroiis dantus. Tu si hic sis y aliter sentias.

In Aodria, act. n. $r. i, v. lo. — N.

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