‹ De la sagesse: trois livres (volume 3)Chapitre 99 sur 245 · LIVRE II, CHAPITRE VII. i8r · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VII. i8r

Les afflictions et adverslte's viennent de trois endroits : ce sont trois autheurs et ouvriers des peines , le péché , premier inventeur , qui les a mis en nature, Tire et la justice divine qui les met en besongne , comme ses commissaires exécuteurs : la police du monde troublée et altérée par le péché : en laquelle, comme une révolte générale et tumulte civil, les choses n'estans en leurs places dues , et ne faisant leurs offices , sourdent tous maux : ainsi qu'au corps le denoiiement des membres , le froissement et dislocation des os apporte des douleurs grandes et inquiétudes. Ces trois ne nous sont point propices ni favorables , le premier est à hayr du tout comme ennemi, le second est à craindre et redouter comme terrible , le tiers est à s'en garder comme abuseur. Pour se sauver et se défaire de tous trois , il n'est que d'employer leurs propres armes , desquelles ils nous battent, comme Goliath de son propre cousteau, faisant de nécessité vertu, proffit de l'affliction et de la peine , la faisant rejaillir contre eux. L'affliction, vraye vengeance de péché , bien prinse , est sa mort et sa ruine , et fait à son autheur ce que la vipère à sa mère qui la produit : c'est l'huile du scorpion , qui guarist sa morsure , affin qu'il périsse par son invention , periit arte suâ : — Patimur quia peccavimuSf patimur ut non peccèmus^^ . C'est la lime de

*• « Il est lui-même Finstrument de sa perte ; — nous souflrons pour avoir péch^ ; nous souffrons afin de ne plus pécher ». Sénèque a traduit cette pensée de Platon, et l'ex:-

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Tame , qui la deroiiille , la purifie et l'esclaircit du péché. En conséquence de ce, elle appaise Tire divine^ et nous tire des prisons et liens de la justice , pour nous remettre au doux , beau et clair séjour de grâce et miséricorde : finalement nous sevré du monde , nous tire de la manmielle, et nous degouste par son aigreur, comme Tafasynthe au tetin de la nourrisse, du doux laict et appast de cette vie trompeuse.

Un grand et principal expédient pour se bien comporter en l'adversité, est d'estre homme de bien. L'homme vertueux est plus tranquille en Padversité, que le vicieux en la prospérité ; comme ceux qui ont la fièvre, sentent avec plus de mal le froid et le chaud et la rigueur de leur accès , que ne font les sains le firoid et le chaud de l'hyver et de l'esté : aussi ceux qui ont la conscience malade et en fièvre , sont bien plus tourmentés que les gens de bien ; car ayans l'intérieur sain , ne peuvent estre incommodés par l'extérieur où ils opposent un bon courage.

Les adversités sont de deux sortes ; les unes sont vrayes et naturelles, comme maladies, douleurs, la perte des choses que nous aymons : les autres faulses et feintes par l'opinion commune ou particulière , et non en vérité. Qu'il soit ainsi, l'on a l'esprit et le

plique parfaitement. Nam , ut ait Piato , nemo punit qiùa peccatum est, sedne peccetur, Revocari enim prœterita non * possunt^futura prohibentur. De Irâ^ L. I, cap, xvi. Il revient sur la même idée , ibid. L, II , cap, xxxi.

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