‹ De la sagesse; trois livresChapitre 114 sur 456 · LIVRE 1, CHAP. XXXIX · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAP. XXXIX

sang , foin. Puis elle la luy insinue et faict sentir d'une très belle et noble façon , introduisant Dieu humilié , affoibli ^ abbaissé pour l'amour de luy , parlant, promettant , jurant, courrouçant, menaçant-, bref traittant et agissant avec l'homme d'une manière basse , foible , humaine , ainsi qu'un père qui bégaye et faict le petit avec ses petits : estant telle, si grande, et invincible la foiblesse humaine, que pour lui donner quelque accès et commerce avec la divinité , et l'approcher de Dieu , il a fallu que Dieu se soit abbaissé au plus bas : Deus quia in altitiidine sua à nobis parvulis apprehendi non poterat , idco se stravit hominibus \ Puis par eftect ordinaire , car tous les principaux et plus saincts exercices , les plus solennelles actions de la religion , ne sont-ce pas les vrays symptômes et argumens de la foiblesse et maladie humaine? Les sacrifices qui ont esté anciennement en usage par tout le monde , et encores sont en quelques endroicts non-seulement des bestes , mais aussi des hommes vivans, voire des innocens, n'estoit-ce pas des honteuses marques de l'infirmité et misère humaine ? Premièrement pour ce que c'estoyent des enseignes et tesmoignages de sa condemnation et malédiction ( car c'estoyent des protestations publiques d'avoir mérité la mort et d'estre sacrifié comme ces bestes ) , sans laquelle n'y eust jamais eu d'offrandes sanglantes , sacrifices propitiatoires , expiatoires. Secondement à cause de la bassesse du dessein et de l'intention qui estoient de penser appaiser , flatter , et gratifier Dieu par le massacre et le sang des bestes et des hommes, sanguine non colendus Deus , quœ enim ex trucidatione immerentium voluptas est ' ? Certes Dieu aux premiers siècles , encores la foible enfance du monde et la

' Parceque Dieu, de la hauteur où il est élevé, ne pouvoit être aperçu par des êtres aussi chélifs que nous sommes, il s'est abaissé jusqu'à nous.

' Dieu ne sauroit être honoré par le sang; car quel plaisir peut-on lui faire en lui immolant des innocents? (Sknèque, apud Lactant., Divin. Instil., VI, 25.)

simple nature , les a bien accepté des gens de bien à cause d'eux et de leurs dévotions. Respexit Dominus ad Abel et ad munera ejus % prenant par sa bonté en bonne part ce qui se faict en intention de l'honorer et servir : et encores depuis estant le monde encores apprentif et grossier sub pedagogo % tout confit en cette opinion si universelle , que quasi naturelle. Je ne touche point icy le mystère particulier de la religion judaïque qui les employoit pour figures : c'est un des beaux traicts de la religion , et assez fréquent, de convertir ce qui est humain ou naturel, et corporel en usage sainct , sacré et en tirer un fruict spirituel. Mais ce n'estoit que Dieu y prinst plaisir , ny que ce fust chose par aucune raison bonne de soy , tesmoin les prophètes et plus clair-voyans qui l'ont tousjours dict franchement , sholuisses sacrificium dedissem utiquc , holocaustis non delectaberis ; sacrificium, et oblationem noluisti, holocaustum pro peccato non postulasti. Non accipiam de dorno tua vilulos , etc. ^, et ont rappelle et convié le monde à un autre sacrifice plus haut , spirituel , et plus digne de la divinité , sacrificium Deo splrltus : aures autem perforasll mlhl ut facerem voluntatem tuam , et legem tuam in medlo cordls mel : immola Deo sacrificium laudls , mlscrlcordlam volo , non sacrificium 4. Et en fin le fils de Dieu , docteur de vérité , estant venu pour sevrer et desniaiser le monde , les a du tout abolis , ce qu'il n'eust faict si c'eust esté chose de soy,

' Dieu regarda Abel et ses présents. [Gen., iv, v. 4.)

* Sous un pédagogue.

^ Si tu eusses voulu un sacriflce, je te l'aurois offert certainement; mais tu ne te délectes pas d'holocaustes ; tu n'as pas voulu de sacrifice et d'oblation, lu n'as pas demandé d'holocauste pour le péché. — Je ne recevrai pas de veaux de ta maison, etc. (Passage tiré de divers Psaumes.)

* Le sacrifice que Dieu aimo est celui de l'esprit : tu m'as percé les oreilles pour que je fisse ta volonté et que j'observasse ta loi dans le fond de mon cœur; immole un sacrifice de louange à Dieu; je veux de la miséricorde, cl non pa> un sacrifice. (Passage tiré de divers Psaumes.}

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