‹ De la sagesse; trois livresChapitre 128 sur 456 · IV. Présomption · texte numérisé non relu

IV. Présomption

\'oiCY le dernier et le plus vilain traict de sa peincture -, c'est l'autre partie de la prescription que donne Pline ^ c'est la peste de l'homme , et la mère nourrice des plus fausses opinions et publiques et particulières , vice toutesfois naturel et originel de l'homme. Or cette présomption se doibt considérer en tout sens , haut , bas , et à costé , dedans et dehors, pour le regard de Dieu-, choses haultes et célestes, basses , des bestes , de l'homme son compagnon , de soyniesme -, et tout revient à deux choses , s'estimer trop , et n'estimer pas assez autruy : qui in se confidebant et aspernabantur alios ^. Parlons un peu de chascun.

Premièrement pour le regard de Dieu ( et c'est chose horrible) , toute superstition et faute en religion , ou faux service de Dieu , vient de n'estimer pas assez Dieu , ne sentir et n'avoir pas les opinions , conceptions , créances de la Divinité assez hautes , assez pures. Je n'entends par cet assez , à proportion de la grandeur de Dieu , qui ne reçoit point do proportion , estant infini ; et ainsi est-il impossible de les avoir assez pour ce regard : mais j'entends assez pour le regard de ce que pouvons et debvons. Nous n'eslevons ny

' Montaigne n'en parle pas mieux dans le chap. 24 du liv. i des Essais.

' Montaigne a fait aussi sur la présomption un chapitre où Charron a puisé plusieurs de ses idées, f^oycz les Essais, 1. ii , c. 17.

^ Qui étoienl pleins de confiance en eux-mêmes, et qui méprisoient les autres. (Luc, c. xvui, >. 9.) ,

ne guiiitions pas assez haut et ne roidissons assez la poincte de nostre esprit , quand nous imaginons la Divinité : comment assez? nous la concepvons très bassement-, nous la servons de mesme très indignement ^ nous agissons avec elle plus vilement qu'avec certaines créatures. Nous parlons non seulement de ses œuvres , mais de sa majesté , volonté, jugemens, avec plus de confidence ' et de hardiesse, que l'on ne feroit d'un Prince , ou autre homme d'honneur. Il y a plusieurs hommes qui refuseroient un tel service et recognoissance , et se tiendroient offensés et violés , si l'on parloit d'eux , et que l'on employast leur nom si vilement et sordidement : l'jon entreprend de le mener, flatter, ployer, composer avec luy , aflin que je ne dise , braver, menacer, gronder et despiter. César disoit à son pilote qu'il ne craignist de voguer et le conduire contre le destin et la volonté du ciel et des astres , se fiant sur ce que c'est César qu'il meine '. Auguste ayant esté battu de la tempeste sur mer, se prist à deffier le Dieu Neptune ^ : et en la pompe des jeux Circenses, fist oster son image du rang où elle estoit parmy les autres Dieux, pour se venger de luy. Les Thraces, quand il tonne et esclaire, se mettent à tirer flesches contre le ciel , pour ranger Dieu à raison 4. Xerxès fouetta la mer, et escrivist un cartel de defli au mont Athos ^. Et compte l'on d'un roy chrestien , voisin du nostre , qu'ayant receu une bastonnade de Dieu , jura de s'en venger , et voulust que de dix ans on ne le priast et ne parlast« on de luy ^.

Audax Japeti genus:....

Ml mortalibus arduum :

Cœlum ipsum petimus stultilia, neque

■ Confiance.

' Quid limes? Cœsarem vehis. (Florus , iv, 2.)

5 ployez Suétone, f^ie d'Auguste, c. xvi.

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