‹ De la sagesse; trois livresChapitre 130 sur 456 · LIVRE I, CHAP. XUI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. XUI

incessamment l'homme : Non nos causa mundo sii7?ius hyemen œstatcmqut referendi; suas ista legcs habent , quibus dh'ina exercentur : nimis nos suspicbnus , si digni nobis vidcmur , propter quos tanta moveantur; — non tanta cœlo nobiscum societas est , ut nostro fato sit ille quoque siderum fulgor \

Pour le regard des choses basses, terrestres, sçavoir tous animaux , il les desdaigne et desestime comme si du tout elles ft'appartenoient au mesme maistre ouvrier; et n'estoient de mesme mère , et de mesme ftmiille avec luy, comme si elles ne le touchoient et n'avoient aucune part ou relation à luy. Et de là il vient à en abuser et exercer cruaulté, chose qui rejalist contre le maistre commun et universel qui les a faictes, qui en a soin , et a dressé des loix pour leur bien et conservation, les a advantagées en certaines choses, renvoyé l'homme souvent vers elles , comme à une escholle. Mais cecy est le subject du chapitre xxxv ci-dessus.

Or, tout cecy ne déroge aucunement à la doctrine commune , que le monde est faict pour l'homme , et l'homme pour Dieu ; car outre instruction que l'homme tire en gênerai de toute chose haute et basse pour cognoistre Dieu , soy, son devoir; encores en particulier de chacune , il en tire profit ou plaisir ou service. De ce qui est pardessus soy qu'il a moins en intelligence et nullement en sa puissance , ce ciel azuré, tant richement contrepointé d'estoilles, et ces flambeaux roulants sans cesse sur nos testes , il n'en a ce bien que par contemplation , il monte et est porté en admi-

• Nous ne sommes pas la cause pour laquelle l'hiver et l'été se succèdent chaque année ; ces saisons obéissent à des lois dans lesquelles la puissance divine s'exerce et se manifeste ; nous avons une trop haute opinion de nous-mêmes et de notre dignité , si nous croyons que c'est pour nous que de si grands mouvements se font dans le monde; — il n'y a pas entre les astres et nous une si grande union , pour que les astres n'y brillent que pour notre avantage. (Sénèque, de Ira, liv. ii , c. 27 ; Pline, Hist. nat., 1. ii , c. 8.^

ration , crainte , honneur, révérence de leur auteur et maistre souverain de tout, et en ce sens a esté bien dit par Anaxagoras % que l'homme estoit créé pour contempler le ciel et le soleil , et par les autres philosophes appelans l'homme oJpavoirxaTrov »• dcs choscs basscs il cn tire secours , service , commodité. Mais se persuader qu'en faisant toutes ces choses , l'on n'aye pensé qu'à l'homme, et qu'il soit la fin et le but de tous ces corps lumineux et incorruptibles, c'est une trop folle et hardie présomption.

Finalement, mais principalement cette présomption doibt estre considérée en l'homme mesme , c'est-à-dire pour le regard de soy et de l'homme son compagnon , au dedans , au progrez de son jugement et de ses opinions -, et au dehors en communication et conversation avec autruy. Sur quoy nous considérons trois choses , comme trois chefs qui s'entresuivent, où l'humanité monstre bien en sa sotte foiblesse sa folle présomption. La première au croire ou mescroire (icy n'est question de religion , ny de la foy et créance divine , et se faut souvenir de l'advertissement mis en la préface), où sont à noter deux vices contraires qui sont ordinaires en la condition humaine. L'un et plus commun est une légèreté , qui cita crédit, levis est corde ^, et trop grande facilité à croire et recevoir tout ce que l'on propose avec quelque apparence ou authorité. Ceci appartient à la niaise simplicité, mollesse, et foiblesse du petit peuple, des esprits efféminés , malades , superstitieux , estonnés ^, indiscrètement zélés, qui comme la cire reçoivent facilement toute impression , se laissent prendre et mener par les oreilles. C'est plustost erreur et foiblesse , que malice , et loge volontiers

' Voyez Diogène-Laerce , Vie d'Anaxagoras, 1. ii , n. 10.

^ Contemplateur du ciel.

' Qui croit trop vite a l'esprit bien léger. {Ecclésiasle.) — Il y a une pensée semblable dans Pétrone : Nnnquam recCe faciet, qui cita crédit. (PÉTRONE, Satyr.)

■'' Qui s'étonnent de tout.

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