‹ De la sagesse; trois livresChapitre 139 sur 456 · LIVRE I, CHAP. XLIV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. XLIV

Toutes ces dilTerences se prouvent aisément, (^uant à celles du corps , elles se cognoissent à l'œil ; et s'il y a quelques exceptions, elles sont rares, et viennent du meslange des peuples , ou bien des vents , des eaux , et de la situation particulière des lieux , dont une montagne sera une notable différence en mesme degré , voire mesme pays et ville : ceux de la ville haute d'Athènes estoient tout d'autre humeur, dict Plutarque ', que ceux du port de Pirée : une montagne du costé de septentrion rendra la vallée qui sera vers le midv toute méridionale, et au contraire aussi.

Quant à celles de l'esprit, nous sçavons que les arts mécaniques et ouvrages de main sont de septentrion , où ils sont pénibles : les sciences spéculatives sont venues du midy. César* et les anciens appellent les Egyptiens très ingénieux et subtils. Moyse est dict instruict en leur sagesse ^ ^ la philosophie est venue de là en Grèce \ la majorité commence plus tost chez eux , à cause de l'esprit et finesse : les gardes des princes , mesme méridionaux , sont de septentrion, comme ayant plus de force, et moins de finesse et de malice : ainsi les méridionaux sont subjects à grandes vertus et grands vices , comme il est dict d'Annibal ■♦ ^ les septentrionaux ont la bonté et simplicité. Les sciences moyennes et mixtes , politiques , loix et éloquence , sont aux nations mitoyennes, ausquelles ont fleury les grands empires et polices.

Pour le troisiesme poinct , les religions sont venues du midy, Egypte, Arabie, Chaldée : plus de superstition en Afrique qu'au reste du monde ; tesmoin les vœux tant frequens , les temples tant magnifiques. Les septentrionaux , dict César ^, peu soucieux de religion , sont attentifs à la guerre et à la chasse.

■ Plut., in Solone.

' CÉSAR, de Bello civili, I. m.

^ Voyez Actes des Apôlrcs , c. vu, v. 22.

* f^oyez, dans Tite-Livc, l'éloge d'Annibal.

' CÉSAR, de Bello Gallico, l. \i, c. 20.

Quant aux mœurs , premièrement touchant la guerre , il est certain que les grandes armées , arts , instrumens et inventions militaires , sont venues de septentrion. Les peuples de là, Scythes, Gots, Vandales, Huns, Tartares, Turcs, Germains , ont battu et vaincu toutes les autres nations , et ravagé tout le monde , dont est tant souvent dict que tout mal vient d'Aquilon. Les duels et combats sont venus de là. Les septentrionaux adorent le glaive fiché en terre ' , dict Solinus , invincibles aux autres nations , voire aux Romains , qui ont vaincu le reste , et ont esté détruits par eux : aussi s'affoiblissent et s'alangourissent au vent de sud , et allant vers midy -, comme les méridionaux venans au nord, redoublent leurs forces. A cause de leur fierté guerrière , ils ne peuvent souffrir qu'on leur commande par braverie ; ils veulent la liberté , au moins les commanderaens eslectifs. Touchant la chasteté et la jalousie , en septentrion , une seule femme a un homme, dict Tacitus*^ encore suffît-elle pour plusieurs, dict César : nulle jalousie, dict Munster ^ , où les hommes et femmes se baignent ensemble avec les estrangers. En midy , la polygamie est partout receue. Toute l'Afrique adore Venus '^, dict Solinus. Les méridionaux meurent de jalousie , à cause de quoy ils ont les eunuques gardiens de leurs femmes, que les grands seigneurs ont en grand nombre , comme des haras ^.

Quant à la cruauté , les extrémités sont semblables , mais pour diverses causes , comme se verra tantost aux causes :

' Lucien dit que les Scythes adorent un cimeterre. Ployez le dialogue intitulé Jupiter le tragique , et le dialogue intitulé Toxoris. — Ammien Marcellin (xxxi, 2) rapporte aussi que les Alains n'avoient aucun temple, et ne rendoient de culte qu'à une épée fichée en terre.

' De Morib. German., c. xviii.

^ Sébastien de Munster, auteur d'une Cosmographie , d'une Description de Bade et de plusieurs autres ouvrages.

^ Ante omnes barbaros , dit Tite-Live , Numidœ in f'enerem effusi.

* Voyez HÉRODOTE, 1. ni; Diodore de Sicile, i. u, el Joseph., Jntiq. jnrimq., 1. iv.

Page 1