CHAPITRE XLVII
Du commander et obéir.
Ce sont , comme a esté dict , deux fondemens de toute société humaine , et de la diversité des estats et professions. Ces deux sont relatifs, se regardent, requièrent, engendrent, et conservent mutuellement l'un l'autre, et sont pareillement requis en toute assemblée et communauté , mais qui sont obligés à une naturelle envie , contestation et mesdisance ou plaincte perpétuelle. La populaire rend le souverain de pire condition qu'un charretier -, la monarchique le met au-dessus de Dieu '. Au commander est la dignité,
' Toute celte phrase est prise mot à mot dans Montaigne ( i. m , c. oj. Mais Charron me semble en avoir détourné ou obscurci le sens.
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la (lillicuUé (ces deux vont ordiuaireinoiU oiisemble ) , la bonté, lasullisance, toutes qualités de grandeur. Le commander , c'est-à-dire la sullisance , le courage , l'authorité est du ciel et de Dieu : imperium non nisi dhino fato datiir : omnis potestas à Deo est • .- dont dict Platon que Dieu n'establit [)oint des hommes , c'est-à-dire de la commune sorte et sulTisance, et purement humaine, par dessus les autres; mais ceux qui, d'une touche divine, et par quelque singulière vertu et don du ciel , surpassent les autres dont ils sont appelés hcroes. En l'obéir est l'utilité, l'aisance, la nécessité, tellement que pour la conservation du public , il est encores plus requis que le bien commander ; et est beaucoup plus dangereux le desny d'obéir, ou le mal obéir, que le mal commander. Tout ainsi qu'au mariage bien que le mary et la femme soient également obligés à la loyauté et fidélité , et Payent tous deux promis par mesmes mots, mesmes cérémonies et solemnités, si est-ce que les inconveniens sortent sans comparaison plus grands de la faute et adultère de la femme que du mary -, aussi bien que le commander et obéir soient pareillement requis en tout estât et compagnie , si est-ce que les inconveniens sont bien plus dangereux de la désobéissance des subjects que de la faute des commandans. Plusieurs estais ont longuement roulé et assez heureusement duré soubs de très meschans princes et magistrats, les subjects s'y accommodans et obeissans ; dont un sage interrogé pourquoy la republique de Sparte estoit si florissante , si c'estoit pource que les roys commandoient bien : mais plustost, dict-il, pource que les citoyens obéissent bien ^. Mais si les subjects refuseni d'obéir et secouent le joug, il faut que Testât donne du nez à terre.
' L'empire n'esl donne que par la Providence divine : toute puissance vient de Dieu.
' Ce fut Théoponipc, roi de Laccdémone, qui lit celte réponse. P^oye:; Pli'tarqlf. , /usliuction pour ceux qui mmiienl 1rs affaires (l'J'^fni.