‹ De la sagesse; trois livresChapitre 155 sur 456 · LIVRE I , CHAP. XLVIII · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAP. XLVIII

nent du desreiglement des mœurs qu'aucune liberté n'arreste. Et de faiet les adultères se trouvent en la polygamie et répudiation , tesmoin chez les Juifs , et David , qui ne s'en garda , pour tant de femmes qu'il eust ; et au contraire ont esté long-temps incognus en des polices bien reiglées , où n'y avoit polygamie ny répudiation : tesmoin Sparte, et Rome long-temps après sa fondation. Il ne s'en faut donc pas prendre à la religion qui n'enseigne que toute netteté et continence.

La liberté de la polygamie, qui semble aucunement' naturelle, se porte diversement selon les diverses nations et polices. Aux unes toutes les femmes à un mary vivent en commun, et sont en pareil degré et rang, et leurs enfans de mesme ; ailleurs il y en a une qui est la principale et comme maistresse, et les enfans héritent aux biens, honneurs et titre du mary; les autres femmes sont tenues à part, et portent en aucuns lieux titre de femmes légitimes, et ailleurs sont concubines , et leurs enfans pensionnaires seulement.

L'usage de la répudiation de mesme est différent; car chez aucuns, comme Hébreux, Grecs, Arméniens, l'on n'exprime point la cause de la séparation, et n'est permis de reprendre la femme une fois répudiée ; bien est permis de se remarier à d'autres : mais en la loy mahumetane , la séparation se faict par le juge , avec cognoissance de cause (sauf que ce fust par consentement mutuel), laquelle doibt estre adultère, stérilité , incompatibilité d'humeurs , entreprinse sur la vie de sa partie , choses directement et capitalement contraires à Testât et institution du mariage 5 et est loisible de se reprendre toutes et quantes fois qu'ils voudront. Le premier semble meilleur , pour tenir en bride les femmes superbes et les fascheux marys 5 le second , qui est d'exprimer la cause , deshonore les parties , empesche de

■ En quelque sorte.

trouver party , descouvre plusieurs choses qui debvroienf demeurer cachées. Et advenant que la cause ne soit pas bien vérifiée, et qu'il leur faille demeurer ensemble , s'ensuy vent empoisonnemens et meurtres souvent incognus aux hommes, comme il fust descouvert à Rome auparavant l'usage de la répudiation, où une femme surprinse d'avoir empoisonné son mary en accuse d'autres, et celle-cy d'autres , jusques à soixante-dix de mesme crime , qui furent toutes exécutées. Mais le pire a esté que l'adultère demeure presque partout sans peine de mort , et seulement y a divorce et séparation de compagnie , introduict par Justinien , homme du tout ' possédé de sa femme , qui fist passer tout ce qu'elle; pust à l'advantage des femmes * ^ d'où il sort un danger dr perpétuel adultère , désir de la mort de sa partie , le délinquant n'est point puny , l'innocent injurié demeure sans réparation.

Du debvoir des mariés , voyez liv. m , chap. xii.

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