LIVRE 1, CHAP. LMII
feu céleste qui est en nous ne veust point estre enfermé, il ajTiie l'air, les champs^ dont Columelle dict que la vie champestre est parente de la sagesse , consanguinea % laquelle ne peust estre sans les belles et libres pensées et méditations. Or est-il difiîcile de les avoir et nourrir parmy le tracas et tabut des villes. Puis la vie rustique est bien plus nette , innocente et simple : es villes les vices sont en foule et ne se sentent poinct; ils passent et se fourrent par-tout pesle mesle -, l'usage , le regard , le renconstre si fréquent et contagieux en est cause. Pour le plaisir et santé, tout le ciel estendu apparoist 5 le soleil , l'air, les eaux , et tous les elemens sont libres , exposés et ouverts de toutes parts , nous soubsrient : la terre se monstre tout à descouvert , ses fruicts sont devant nos yeux : tout cela n'est poinct es villes , en la presse des maisons , tellement que vivre aux villes , c'est estre au monde banny et forclos " du monde. Dadvantage la vie champestre est toute en exercice, en action qui ayguise l'appétit, entretient la santé , endurcit et fortifie le corps. Ce qui est à la recommandation des villes , est l'utilité , ou privée , c'est la part des marchands et artisans : ou publicque , au maniement de laquelle sont appelles peu de gens : et anciennement on les tiroit de la vie rustique 3, et y re tournoient ayans achevé leur charge.
■ Voici le passage de Columelle : Sola res rustica , quœ sine dubitatione proxima et quasi consanguinea sapientiœ est. (De Re rustica ,
1,1.) ' Séparé.
' Voyez TiTK-LivE, au sujet de Quintus Cincinnatus, I. m , c. 6.