‹ De la sagesse; trois livresChapitre 181 sur 456 · CHAPITRE LX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LX

De la liberté et du servage.

La liberté est estimée d'aucuns un souverain bien , et le servage un mal extresme , tellement que plusieurs ont plus aymé mourir et cruellement, que debvenir esclaves, voire que tomber en danger de voir la liberté publique ou la leur intéressée. Il y peust avoir en cecy du trop comme en toutes autres choses. Il y a double liberté, la vraye de l'esprit est en la main d'un chascun , et ne peust estre ravie ny endommagée par autruy, ny par la fortune mesme : au rebours le servage de l'esprit est le plus misérable de tous : servir à ses cupidités , se laisser gourmander à ses passions, mener aux opinions , ô la piteuse captivité ! La liberté corporelle est un bien fort à estimer, mais subject à la fortune : et n'est juste ny raisonnable (s'il n'yestjoinctequelqu'autre circonstance), de la préférer à la vie, comme les anciens , qui choisissoient et se donnoient plustost la mort que de la perdre -, et estoit réputé à grande vertu , estimant la servitude un très grand mal . servitus obedientia est fracti animi et abjecti , arbilrio carenlis suo \ De très grands

■ Chap. xn et vu.

' La servitude est la sujétion d'une amc sans force , sans courage , et privée de son libre arbitre. (Cicéron, Paradoxe v, c. 1.)

Page 1