‹ De la sagesse; trois livresChapitre 184 sur 456 · LIVRE 1, CHAP. LXll · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAP. LXll

lion. Aucuns pensent que c'est généralement pour bien faire son debvoir , et ce qui est de sa profession : encores qu'il ne soit point esciatant ni fort utile , comme celuy qui , sur l'escltafaut • , joue bien le personnage d'un varlet , n'est pas moins loiié que celuy qui représente le roy ; et à celuy qui nepeust travailler en statues d'or, celles de cuivre ou de terre ne luy peuvent faillir , où il peust aussi bien monstrer la perfection de son art : tous ne peuvent s'employer ny ne sont appelés au maniement des grands affaires : mais la louange est à bien faire ce que l'on a affaire. Cecy est tro[) ravaler et avilir l'honnem- , qui n'est pas un commun ny ordinaire loger pour toutes personnes et toutes actions justes et légitimes : toute chaste femme, tout homme de bien n'est pas d'honneur. Les sages y requièrent encores deux choses, ou ti'ois : l'une est la difficulté , peine ou danger : l'autre est l'utilité publicque; c'est pourquoy il est proprement deu à ceux qui administrent et s'acquittent bien des grandes charges i que les actions soyent tant que l'on voudra privement et communément bonnes et utiles , elles auront l'approbation et bonne renommée parmi les cognoissans , la seureté et protection des loix , mais non l'honneur qui est public , et a plus de dignité , de splendeur et d'esclat. Aucuns y adjoustent la troisiesme, c'est que l'action ne soit point d'obligation, mais de supererogation.

Le désir d'honneur et de gloire , et la queste de l'approbation d'autruy , est une passion vicieuse , violente , puissante , de laquelle a esté parlé en la passion d'ambition ; mais très utile au public , à contenir les hommes en leur debvoir , à les esveiller et eschauffer aux belles actions ^ , tesmoignage de la foiblesse et insuffisance humaine , qui à faute de bonne monnoye employé la courte et la faulse. Or en quoy et jusques où elle est excusable , et quand vitupe-

' Le Ihéâire.

' Socrates avoil dit : C'esl l'amour de la gloire qui pousse les hommes aux actions excellentes. (Xékopho.n, Renimmemorabilmm, 1. m.)

rable , et que l'honneur n'est la recompense de la vertu , se dira après \

Les marques d'honneur sont fort diverses , mais les meilleures et plus belles sont celles qui sont sans profit et sans gain , et qui sont telles que l'on n'en puisse estrener et faire part aux vitieux , et ceux qui par quelque bas otfîce auroient fait service au public. Elles sont meilleures et plus estimées , plus elles sont de soy vaines , et n'ayant autre pris que simplement marquer les gens d'honneur et de vertu, comme elles sont presque par toutes les polices, les couronnes de laurier , de chesne =" , certaine façon d'accoustrement , prérogative de quelque surnom , presseance aux assemblées, les ordres de chevalerie. C'est aussi par occasion quelques fois plus d'honneur de n'avoir pas ces marques d'honneur , les ayant méritées , que de les avoir. Il m'est bien plus honorable , disoit Caton , que chascun demande pourquoy l'on ne m'a point dressé de statue en la place , que si l'on demàndoit pourquoy l'on m'en a dressé ^

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