‹ De la sagesse; trois livresChapitre 189 sur 456 · LIVRE I, CHAP. LXIV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. LXIV

auront du pain, Cfu'iîs pourront exercer leur niestier et en vivre , ils ne se remueront point. Parquoy les riches sont à craindre à cause d'eux-mesmes , et de leur vice et condition : les povres à cause de l'imprudence des gouverneurs.

Or plusieurs législateurs et policeurs d'estats ont voulu chasser ces deux extrémités , et cette grande inequalité de biens et de fortunes, et y apporter une médiocrité eteqnalité , qu'ils ont appellée mère nourrice de paix et d'amitié ; et encores d'autres • y ont voulu mettre la communauté , X'e qui ne peust estre que par imagination. Mais outre qu'il est du tout impossible d'y apporter equalité , à cause du nombre des enfans qui croistra en une famille et non en l'autre , et qu'à peine a-t-elle pu estre mise en practique, bien que l'on s'y soit efforcé , et qu'il aye beaucoup cousté pour y parvenir, encores ne seroit-il à propos ny expédient; ce seroit par autre voie retomber en mesme mal. Car il n'y a haine plus capitale qu'entre égaux/ -, l'envie et jalousie des égaux est le séminaire des troubles , séditions, et guerres civiles ^ Il faut de l'inequalité , mais modérée; l'harmonie n'est pas es sons tous pareils , mais differens , et bien accordans. Nihil est œqualitate inœqualius "♦.

Cette grande et difforme inequalité de biens vient de plusieurs causes , spécialement de deux : l'une est aux prestations iniques , comme sont les usures et interests par lesquelles les uns mangent, rongent et s'engraissent de la substance des autres , qui dévorant plebem meam sicui escam partis '" j l'autre est aux dispositions, soit entre vifs, aliénations , donations , dotations à cause de mariage , ou

' Platon, dans sa Bépublique (1. v), el Thomas Morus , dans sois Utopie.

" Tout ceci est pris dans Bodin, 1. v, de la Républ., c. 2.

' Selon pensoit tout dilTéremment; car il disoil que l'égalité n'cn^endroit jamais de guerres. (Plutarque, f^ie de Solon. )

' Rien de plus inégal que l'égalité. (Pline, Episl. ix, 5.)

^ Qui dévorent mon peuple comme du pain. [Psalm. xiii , v. 4. )

testamentaires et à cause de mort. Par tous lesquels moyens, les uns sont excessivement advantagés sur les autres , qui restent povres^ les filles riches et héritières sont mariées avec les riches , d'où sont desmembrées et anéanties aucunes maisons, et les autres relevées et enrichies. Toutes lesquelles choses doibvent estre reiglées et modérées , pour sortir des bouts et extrémités excessives , et approcher aucunement de quelque médiocrité et equalité raisonnable : car entière il n'est possible ny bon expédient , comme dict est. Et cecy se traictera en la vertu de justice.

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