‹ De la sagesse; trois livresChapitre 19 sur 456 · LIVRE I, CHAP. IL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. IL

bés , bossus, boiteux ; ny la ligne droicte de l'espine du dos , qui est aussi aux sei pens -, ny la chaleur naturelle ou vitale , qui est pareille ou plus grande en certaines bestes , combien que tout cela y peut par avanture servir de quelque chose : mais ceste droicture est deue et convient à l'homme, et comme homme qui est le saint et divin animal :

Sanctius his animal mentisque capacius allx ; ' .

et comme roy d'icy bas : aux petites et particulières royautés y a certaine marque de majesté, comme il se voit au daulphin couronné , au serpent basillzé , au lyon avec son collier, sa couleur de poil et ses yeux , en l'aigle , au roy des abeilles. Ainsi l'homme, roy universel d'icy bas, marche la teste droicte , comme un maistre en sa maison , régente tout et en vient à bout par amour ou par force , domptant ou apprivoisant.

Son corps fut basty le premier de terre vierge , rousse , dont il en eut son nom propre Adam \, car l'appellatif estoit desja Is\ et icelle mouillée non de pluye encores, mais d'eau de fontaine.

.... Mixiam fluvialibus undis , Finxit in cfRgieni. *

Par raison le corps est l'aisné de l'ame , comme la matière de sa forme; le domicile doit estre fait et dressé avant y demourer, l'attelier avant que l'ouvrier y puisse ouvrer. Puis l'esprit y fut par le souffle divin découlé et insinué , et ainsi ce corps animé et fait vivant, inspircwit in faciem ejiis spiraculum vitae , etc. ^

' Animal plus saint que les autres, et plus capable d'une haute intelligence. (Ovide, Mélam., i, 76.)

' Adam, en hébreu, signifle en effet homme roux, et adama, terre rousse. (Voyez Gen., c. ii.)

' /s, ou plutôt ish, en hébreu, signifie esse, est, ens, essentia.

* Il le forma à son image , en mêlant la terre avec de l'eau de fleuve. Ovide, Métam., i, 82, 83.)

' Il souffla -sur sa fare l'esprit de \ip. Gen.. ii, 7.)

En la génération et conformation ordinaire et naturelle, qui se fait de semence au ventre de la femme , le mesme ordre se garde. Le corps est formé le premier par la force tant élémentaire de l'énergie et vertu formatrice qui est en la semence , aydant aucunement la chaleur de la matrice , que céleste, qui est l'influence et vertu du soleil, sol et homo générant hominem '. Et de tel ordre que les sept premiers jours les semences du père et mère se prennent, s'unissent et caillent ensemble , comme cresme , et s'en fait un corps , c'est la conception , nonne sicut lac mulsisti me, et sicut caseum me coagulasti ' ? Les sept d'après , ceste semence se cuit, espessit, et change en masse de chair et de sang informe , rudiment et matière propre du corps humain : Les sept troisiesmes suivans , de ceste masse est fait et formé le corps en gros , dont environ le 20' jour I sont produits les trois nobles et héroïques parties, le foye, le cœur, le cerveau , distantes en longueur ovale , ou , comme disent les Hébreux, se tenant par joinctures déliées, qui puis se remplissent de chair, à la façon d'un formy, où y a trois parties plus grosses joinctes par entre-deux déliés : Les sept quatriesmes , qui finissent près du 30^ jour, tout le corps s'achève , se parfait , articule , organise , dont il commence n'estre plus embryon , mais capable , comme une matière préparée à sa forme, de recevoir l'ame : laquelle ne faut à s'insinuer dedans , et s'en investir vers le 37 ou 40^ jour, après les cinq sepmaines achevées. Doublant ce terme , c'est à dire au troisiesme mois , cet enfant animé se remue et se fait sentir, le poil et les ongles luy commencent à venir. Triplant ce terme qui est au neufviesme mois , il sort et se produit en lumière. Ces termes ne sont pas si justement prefix, qu'ils ne puissent un peu se haster et

' Le soleil et l'homme engendrent l'homme. (Aristote, Nalur. auscult., II, 2.)

" Ne m'as-tu pas trait comme du lait, et ne m'as-tu pas coagulé comma du fromage? (Job, c. x, 10.)

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