‹ De la sagesse; trois livresChapitre 18 sur 456 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De la formation de l'homme.

Elle est double et doublement considérable , première et originelle , une fois foite immédiatement de Dieu en sa création surnaturelle , seconde et ordinaire en sa génération naturelle.

Selon la peinture que nous donne Moyse ' de l'ouvrage et création du monde (la plus hardie et riche pièce que jamais homme a produit en lumière , j'entends l'histoire des neuf premiers chapitres de Genèse , qui est du monde nay et renay ) , l'homme a esté fait de Dieu non seulement après tous les animaux, comme le plus parfait, le maistre et surintendant de tous, ut prœsit piscibus maris, volatilihus cœli, bestiis terrœ " : Et en mesme jour que les quadrupèdes et terrestres, qui s'approchent plus de luy (bien que les deux qui luy ressemblent mieux sont pour le dedans le pourceau, pour le dehors le singe), mais encores après tout fait et achevé , comme la closture , le sceau et cachet de ses œuvres , aussi y a-t-il empreint ses armoiries et son pourtrait ,

Exemplumque Dei quisque est in imagine parva.

Signatum est super nos lumen vultus tut ^ . Comme une

' Gen., 1,2, etc.

' Pour qu'il présidât aux poissons de la mer, aux oiseaux du ciel , aux animaux terrestres. {Gen., i. v. 26.)

' Tout homme est en petit l'image de Dieu. (Maniuus, Aslron., IV, 895.) — Tu as fait reluire sur nous l'éclat de ta face radieuse. ■ Psalm. IV, 7.

recapitulation sommaire de toutes choses , et un abbregé du monde , qui est tout en l'homme , mais raccourci et en petit volume , dont il est appelle le petit monde , et l'univers peust estre appelle le grand homme. Comme le nœud , le moyen , et lien des anges et des animaux , des choses célestes et terrestres, spirituelles et corporelles. Et en un mot la dernière main , l'accomplissement , le chef-d'œuvre , l'honneur et le miracle de nature. C'est pourquoy Dieu l'ayant fait avec délibération et apparat , et dixit : Faciamus hominem. ad imaginem et simïlitudinem nostram ' , s'est reposé. Et ce repos encores a esté fait pour l'homme, Sabbathiim propter hominem, non contra ^ Et n'a depuis rien fait de nouveau, sinon se faire homme luy-mesme : et c'a esté encores pour l'amour de l'homme , propter nos homines , et propter nostram salutem ^ Dont se voit qu'en toutes choses Dieu a visé à l'homme , pour finalement en luy et par luy, brevi manu ^, rapporter tout à soy, le commencement et la fin de tout.

Tout nud, afiin qu'il fust plus beau, estant poli 5 net, délicat, à cause de son humidité déliée, bien tempérée et assaisonnée.

Droict, tenant et touchant fort peu en terre, la teste droicte en haut tendant au ciel , où il regarde , se voit et se cognoist comme en son miroir : tout à l'opposite de la plante, qui a sa teste et racine dedans la terre , aussi est l'homme une plante \ divine , qui doit fleurir au ciel : la beste , comme au milieu , est de travers, ayant ses deux extrémités vers les bords ou extrémités de l'horizon , plus ou moins. La cause de ceste droicture, après la volonté de son maistre ouvrier, n'est proprement l'ame raisonnable , comme il se voit aux cour-

• Et il dit : Faisons l'iiomme à notre image et à notre ressemblance.

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