‹ De la sagesse; trois livresChapitre 218 sur 456 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Avoir un but et traiu de vie certain.

Après ce premier fondement de vraye et interne preud'hommie , vient comme un second fondement préalable , et nécessaire pour bien reigler sa vie , qui est se dresser et former à un certain et asseuré train de vivre, prendre une vacation à laquelle on soit propre -, c'est-à-dire que son naturel particulier ( suy vaut tousjours la nature universelle, sa grande et générale maistresse et régente , comme porte le précèdent et fondamental advis ) , s'y accommode , et s'y applique volontiers. La sagesse est un maniement doux et réglé de nostre ame , se conduisant avec mesure et proportion , et gist en une equalité de vie et mœurs '.

C'est donc un affaire de grand poids, que ce choix, auquel on se porte bien diversement , et où l'on se trouve bien empesché, pour tant de diverses considérations, qui nous tirent en diverses parts, et qui souvent se heurtent et s'entr'empeschent. Les uns y sont heureux , lesquels , par une grande bonté et fehcité de nature , ont bientost et facilement sçeu choisir ^ ou par un certain bonheur, sans grande délibération, se trouvent comme tous portés dedans le train meilleur pour eux , tellement que la fortune a choisi pour eux , et les y a menés , ou bien par la main amye et providente d'autruy y ont esté guidés et conduits. Les autres au contraire malheureux , lesquels ayant failli dès l'entrée et n'ayant eu l'esprit ou l'industrie de se cognoistre et radviser de bonne heure , pour tout doucement retirer leur épingle du jeu , se trouvent tellement engagés,

• Traduction libre de ce passage de Sénèque : Perfecta virtus œqualilas ac lenor vilm per omnia consonans sibi. ( Epist. xxxi.)

Page 1