‹ De la sagesse; trois livresChapitre 22 sur 456 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Du corps, et premièrement de toutes ses parties et assiette d'icelles. *

* Le corps humain est basti d'un très grand nombre de pièces internes et externes, lesquelles sont presque toutes rondes et orbiculaires , ou approchantes de ceste figure.

Les internes sont de deux sortes : les unes en nombre et quantité respandues par tout le corps, sçavoir : les os qui sont comme la base et soubstien de tout le bastiment : dedans iceux pour leur nourriture la mouelle : les muscles pour le mouvement et la force : les venes sortans du foye , canaulx du sang premier et naturel : artères ve- ,

nans du cœur, conduicts du second sang plus subtil et \ital, ces deux allans plus haut que le foye et le cœur, leurs sources sont plus estroittes que celles qui vont en bas, pour ayder à monter le sang, car le destroit plus serré sert à faire monter les liqueurs : les nerfs , procedans <

par couples , instrumens du sentiment , mouvement et force ^

du corps , et conduicts des esprits animaux , dont les uns sont mois -, et y en a sept paires , qui servent au sentiment de la teste , veue , ouye , goust , parole ^ les autres durs en 30 paires , procedans par l'espine du dos aux muscles : les tendons, ligamens , cartilages , les quatre humeurs, le sang, la hile jaulnc ou cholere , qui ouvre , pousse , pe- '

netre, empesche les obstructions , jette les excremens , apporte allégresse : la hile noire et aspre , ou mélancolie , qui provoque l'appétit à toutes choses , modère les mouve- J

mens subits : là pituite douce, qui adoucit la force des deux biles et toutes ardeurs : les esprits , qui sont les fumées sor- : tU4,c.s.AL tans de la chaleur naturelle et de l'humeur radicale , et sont en trois degrés d'excellence , le naturel , vital , animal : la gresse, qui est la partie plus espesse et grasse du sang.

' FoDPZ la f^ariante III . à la fin dn volume.

Les autres sont singulières (sauf les roignons et couillons qui sont doubles) et assignées en certain lieu. Or il y a quatre lieux ou régions , comme degrés au corps , officines et atteliers de nature , où elle exerce ses facultés et puissances. La première et plus basse est pour la génération en laquelle sont les parties génitales servans à icelle. La seconde d'après , en laquelle sont les entrailles , viscera , scavoir Vestomach, tirant plus au costé gauche, rond, plus

estroit au fond qu'en haut , ayant deux orifices ou bouches, l'un en haut, pour recevoir, l'autre en bas qui respond aux boyaux pour jetter et se descharger. D reçoit, assemble, mesle et cuit les viandes , et en fait chyle, c'est à dire suc blanc propre pour la nourriture du corps, et lequel encores s'élaboure dedans les venes meseraiques , par où il passe pour aller au foye. Le foye chaud et humide , plus au costé droit, officine du sang, principe des venes, le siège de la faculté naturelle, nourricière ou ame végétative, fait et engendre le sang du chyle , qu'il attire des venes meseraiques, et reçoit en son sein par la vene porte, qui entre en son creux , et puis l'envoyé , et distribue par tout le corps, par le moyen de la grande vene cave qui sort de sa bosse et des branches d'icelle, qui sont en grand nombre, comme les ruisseaux d'une fontaine : la ratte à main gauche , qui reçoit la descharge et les excremens du foye : les reins, les boyaux, qui se tenans tous en un , mais distingués par six différences et six noms , égalent sept fois la longueur de l'homme, comme la longueur de l'homme égale sept fois la longueur du pied. En ces deux premières parties qu'aucuns prennent pour une ( combien qu'il y aye deux facultés bien différentes : l'une generative pour l'espèce , l'autre nutritive de l'individu), et la font respondre à la partie plus basse et élémentaire de l'univers , au lieu de génération et corruption , est l'ame concupiscible.

La troisiesme comparée à la région aetherée , séparée des précédentes par le diaphragme , et de celle d'en haut par le

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destroit de la gorge , en laquelle est l'ame irascible , et les parties pectorales , prœcordia , sçavoir le cœur, très chaud, situé environ la cinquiesme coste , ayant sa pointe soubs la manimelle gauche, origine des artères, qui tousjours se mouvent et font le pouls , par lesquelles comme canaulx il envoyé et distribue par tout le corps le sang vital qu'il a cuit , et par iceluy l'esprit et la vertu vitale. Les poulmons de substance fort mole , rare et spongieuse, soupple à attirer et pousser comme soufflets , instrumens de la respiration , par laquelle le cœur se rafraischit , attirant le sang , l'esprit et l'air, et se deschargeant des fumées et excremens qui le pressent, et de la voix, par le moyen de Vaspre artère \

La quatriesme et plus haute qui respond à la région celeste, est la teste, qui contient le cerveau, froid et spongieux , enveloppé de deux membranes , l'une plus dure et espesse , qui touche au test , dura mater; l'autre plus douce et déliée , qui luy est contiguë , pia mater. D'iceluy sortent et dérivent tous les nerfs et la mouelle qui descend et découle au long de l'espine du dos. Ce cerveau est le siège de l'ame raisonnable, la source de sentiment et mouvement, et des très nobles esprits animaux , faits des esprits vitaux , lesquels montés du cœur par les artères au cerveau , sont cuits , recuits , elabourés et subtilisés par le moyen d'une multiplicité de petites et subtiles artères , comme filets diversement tissues% repliées, entrelassées par plusieurs tours et retours, comme un labyrinthe et double retz, rete mirabile, dedans lequel cet esprit vital estant retenu, séjournant, passant et repassant souvent, s'affine, subtilise et perfectionne, et devient animal, spirituel en souverain et dernier degré.

Les externes et patentes. Si elles sont singulières , sont au milieu , comme le nez, qui sert à la respiration , odorat et consolation du cerveau, et à la descharge d'iceluy, telle-

■ La Ira chée-ar 1ère.

'' Tisxues diversemenl comme filets.

ment que par luy l'air entre et sort, et en bas aux poulmons^ et en haut au cerveau. La bouche qui sert au manger et au parler, dont elle est de plusieurs pièces , qui servent à ces deux : au dehors des lèvres , au dedans de la langue extreraent soupple, qui juge des saveurs : des dens pour mouldre et briser les morceaux : le nombril, les deux sentines et voyes de descharge.

Si elles sont doubles et pareilles , sont collatérales et esgales , comme les deux yeux , plantés au plus haut estage , comme sentinelles, composés de plusieurs et diverses pièces, trois humeurs , sept tuniques , sept muscles , diverses couleurs avec beaucoup de façon et d'artifice. Ce sont les premières et plus nobles pièces externes du corps , en beauté , utilité , mobilité , activité, mesmes au fait d'amour, ôiç Um^ ûi îft.xv>jv % sont au visage ce que le visage est au corps, sont la face de la face , et pource qu'ils sont tendres, délicats et pretieux , ils sont munis et remparés de toutes parts , de pellicules, paulpieres, sourcils , cils et poils. Les oreilles en mesme hauteur que les yeux , comme les escoutes du corps , portières de l'esprit , receveurs et juges des sons qui montent tousjours : elles ont leurs advenues et entrées obliques et tortueuses , alTm que l'air et le son n'entrassent tout à coup, dont le sens de l'ouye en pourroit estre blessé , et n'en pourroit si bien juger. Les bias et mains, ouvrières de toutes choses, instrumens universels. Les jambes et pieds , soubstiens etcolomnes de tout le bastiment.

' Dès que je le vis, quel trouble s'éleva dans mon ame! (Théocr., Jdyl. 11, 82.) — Ce passage de Théocrite a été imité par Virgile et par Racine :

Ul vidi . ut péril , ut me malus abstulit error.

{Eglog.yiii, 41.)

Je le vis , je rougis , je pâlis à sa vue.

(Phèdre, acte i , se, 3.)

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