‹ De la sagesse; trois livresChapitre 241 sur 456 · LIVRE II, CHAP. VII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAP. VII

iiiier inventeur, qui les a mis en nature, l'ire et la justice divine qui les met en besongne , comme ses commissaires exécuteurs : la police du monde troublée et altérée par le pecbé : en laquelle , comme une révolte générale et tumulte, civil , les choses n'estans en leurs places dues , et ne faisant leurs offices , sourdent tous maux : ainsi qu'au corps le dénouement des membres , le froissement et dislocation des os apporte des douleurs grandes et inquiétudes. Ces trois ne nous sont point propices ni favorables , le premier est à hayr du tout comme ennemi , le second est à craindre et redouter comme terrible , le tiers est à s'en garder comme abuseur. Pour se sauver et se défaire de tous trois, il n'est que d'employer leurs propres armes, desquelles ils nous battent, comme Goliath de son propre cousteau, faisant de nécessité vertu , proffit de ralïliction et de la peine , la faisant rejaillir contre eux. L'ailliction , vraye vengeance de péché , bien prinse , est sa mort et sa ruine , et fait à son autheur ce que la vipère à sa mère qui la produit : c'est l'huile du scorpion , qui guarist sa morsure , affin qu'il périsse par son invention , /?6t//7 arte sud. — Patimur quia peccavimus , patimur ut non peccemus \ C'est la lime de l'ame , qui la deroiiille , la purifie et l'esclaircit du péché. En conséquence de ce, elle appaise l'ire divine, et nous tire des prisons et liens de la justice , pour nous remettre au doux , beau et clair séjour de grâce et de miséricorde : finalement nous sevré du monde , nous lire de la mammelle, et nous degouste par son aigreur, comme l'absynthe au tetin de la nourrisse, du doux laict et appast de cette vie trompeuse.

' II est lui-même l'instrument de sa perte. — >'ous souffrons pour avoir péché; nous souffrons afln de ne plus pécher. Sénèque a traduit celle pensée de Platon, et rexpli<iue parfaitement : Nnm, ut ail Pla(t). nemn punit quia pcccalum rsl . scd nr peccetur. Revncari enim prœtcriUi tionpossuiit, fulura pnili'brnlur. ' Df fra, 1. i, c. Ui.) Il reTiciit :)Ur la mcmc idée , 1. ji , c. -5i •

Un grand et principal expédient pour se bien comporter en l'adversité, est d'estre homme de bien. L'homme vertueux est plus tranquille en l'adversité que le vicieux en la prospérité 5 comme ceux qui ont la fièvre sentent avec plus de mal le froid et le chaud et la rigueur de leur accès , que ne font les sains le froid et le chaud de l'hyver et de l'esté : aussi ceux qui ont la conscience malade et en fièvre , sont bien plus tourmentés que les gens de bien 5 car ayans l'intérieur sain , ne peuvent estre incommodés par l'extérieur où ils opposent un bon courage.

Les adversités sont de deux sortes : les unes sont vrayes et naturelles , comme maladies , douleurs , la perte des choses que nous aymons : les autres faulses et feintes par l'opinion commune ou particulière , et non en vérité. Qu'il soit ainsi , l'on a l'esprit et le corps autant à commandement comme auparavant qu'elles advinssent. A celles-cy n'y a qu'un mot : ce de quoy tu te plains n'est pas douloureux ne fascheux , mais tu en fais le semblant , et tu te le fais croire.

Quant aux vrayes et naturelles , les plus prompts et populaires, et plus sains advis sont les plus naturels, les plus justes et équitables. Premièrement il se faut souvenir que l'on n'endure rien contre la loy humaine et naturelle , puis qu'à la naissance de l'homme toutes ces choses sont annexées et données pour ordinaires \ En tout ce qui a accoustumé de nous affliger, considérons deux choses : la nature de ce qui nous arrive , et celle qui est en nous ; et usant des choses selon la nature, nous n'en recevrons aucune fascherie. La fascherie est une maladie de l'ame , contraire à la nature , ne doibt point entrer chez nous. Il n'y a accident au monde qui ne puisse arriver, auquel la nature n'aye préparé une habitude en nous, pour le recevoir et tourner à nostre contentement. Il n'y a manière de vie si estroite

' Tout ce qui va suivre, jusqu'à ces mots , il n'y a manière de vie, est pris dans Du Vair, Philosophie morale des Stotques, p. 888.

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