‹ De la sagesse; trois livresChapitre 26 sur 456 · LIVRE I, CHAP. VI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. VI

longueur ilu nais , la longueur du nais est celle du nienlon et des lèvres. 4. Admirable diversité des visages , et telle qu'il ne s'en trouveroit deux semblables en tout et par-tout : c'est un chef-d'œuvre qui ne se trouve en toute autre chose. Ceste diversité est très utile , voyre nécessaire à la société humaine : premièrement pour s'entre - recognoistre , car maux infinis , voyre la dissipation • du genre humain s'ensuivroit si l'on venoit à se mesconter ' par la semblance de visages; ce seroit une pire confusion beaucoup que celle de Babel : l'on prendroit sa fille pour sa sœur, pour une estrangere , son ennemy pour son amy. Si nos faces n'estoient semblables , l'on ne sçauroit discerner l'homme de la beste ; si elles n'estoient dissemblables , l'on ne sçauroit discerner l'homme de l'homme. C'est aussi un grand artifice de nature qui a posé en ceste partie quelque secret de contenter un ou autre en tout le monde. Car de ceste diversité vient qu'il n'y a persomie qui ne soit trouvé beau par quelqu'un. 5. Dignité et honneur en sa figure ronde, en sa forme droitte et haut élevée, nue et descouverte , sans poil, plume, escaille, comme aux bestes, visant au ciel. 6. Grâce, douceur, venusté plaisante et agréable jusques à crochetter les cœurs et ravir les volontés , comme a esté dit cy-dessus. Bref le visage est le throsne de la beauté et de l'amour, le siège du ris et du baiser, deux choses très propres à l'homme, très agréables , les vrays et plus exprès symboles d'amitié et de bonne intelligence. 7. Finalement il est propre à tous changemens , pour déclarer les mouvemens internes et passions de l'ame , joye , tristesse, amitié , hayne , envie , malice, honte, cholere, despit, jalousie et autres : il est comme la monstre de l'horloge , qui marque les heures et momens du temps, estans les mouvemens et roues cachés au dedans : et comme l'air qui reçoit toutes les couleurs et changemens du temps , monstre quel temps il fait ; aussi dit-on l'air du

' La dispersion.

' Se méprendre par lu ressemblance.

visage, corpus animum tegit, et detegitj infacie Itgitur horno. '

La beauté du visage gist en un front large et quarré , tendu , clair et serein ^ sourcils bien rangés , menus et déliés -, l'œil bien fendu , gay et brillant^ je laisse la couleur en dispute : le nais bien vuidé , bouche petite , lèvres coralines , menton court et forchu , joues relevées , et au milieu le plaisant gelasin % oreille ronde et bien troussée, le tout avec un teint vif, blanc et vermeil. Toutesfois cette peincture n'est pas reçue par-tout-, les opinions de beauté sont bien différentes selon les nations. Aux Indes la plus grande beauté est en ce que nous estimons la plus grande laideur, sçavoir en couleur basanée, lèvres grosses et enflées, nais plat et large , les dents teintes de noir ou de rouge , grandes oreilles pendantes ^ aux femmes , front petit et velu , les tetins grands et pendans , afin qu'elles puissent les bailler à leurs petits par dessus les espaules , et usent de tout artifice pour parvenir à cette forme : sans aller si loin , en Espagne la beauté est vuidée et estrillée ^ en Italie grosse et massive : aux uns plaist la molle , délicate et mignarde -, aux autres , la forte , vigoureuse , fiere et magistrale.

La beauté du corps , spécialement du visage , doibt selon raison demonstrer et tesmoigner une beauté en l'ame (qui est une qualité et reiglement d'opinions et de jugemens avec une fermeté et constance) , car il n'est rien plus vray-semblable que la conformité et relation du corps à l'esprit : quand elle n'y est, il faut penser qu'il y a quelque accident qui a interrompu le cours ordinaire, comme il advient, et nous le voyons souvent. Car le laict de la nourrice , l'institution première, les compagnies, apportent de grands changemens

' Le corps couvre l'ame et la découvre. On lit l'homme sur sa face. — On trouve la même pensée dans Cicéron : Corpus est quasi vas animi, nul aliquod receplaculum , etc. [Tuscul. i.)

" La petite fossette qui se fait au milieu des joues quand on rit : du grec >s?.*o-»vo{, rieur; t-s?.*») je ris.

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