LIVRE III, CHAP. II
sent-ils , qu'ils en sont plus propres et plus nais à la servitude et au ioug , patient i or es servitutis , quos non decet esse nisi senos ' -, car au rebours les meschans supportent impatiemment le joug : et les bons et débonnaires craignent beaucoup plus qu'ils ne sont à craindre : Pessimus quisque asperrimè rectorem patitur ' •
Contra facile impcrium in bonos ' ;
qui metuentes magis qiiàm metuendi ^. Or le moyen très puissant pour les induire et former à la vertu, c'est l'exemple du prince \ car, comme l'expérience le monstre, tous se moulent au patron et modèle du prince. La raison est que l'exemple presse plus que la loy ^. C'est une loy muette , laquelle a plus de crédit , que le commandement , nec tàm imperio nobis opiis est qiiàm exemplo ^ : — et mitiùsjubetur eœemplo". Or tousjours les yeux et les pensées des petits sont sur les grands , admirent et croyent tout simplement que tout est bon et excellent ce qu'ils font : et d'autre part ceux qui commandent pensent assez enjoindre et obliger les inférieurs à les imiter en faisant seulement. La vertu est donc honorable et proITitable au souverain, et toute vertu **, Mais par preciput et plus spécialement la pieté , la justice,
■ Supportant la servitude plus patiemment qu'il ne convient à des hommes, à moins qu'ils ne soient esclaves. (Pline, Paneg., c. xlv.)
' Ce que craint le plus un méchant, c'est d'avoir un maître. (Sal- LUSTE, ad Cœsar. de Rep. ordin., Episl. i, 2.)
' Il est au contraire facile de commander aux bons. (Plaute , in Milil., acl. III, se. 1, V. 17.)
'* Qui craignent plus qu'ils ne sont à craindre. (Salluste, Bellum Jug., c. XX. )
'• Urget efjicaciùs quàm ipsœ leges. ( Just.-Lips., Poliliq., 1. ii , c. 9.)
•* Nous obéissons beaucoup mieux à l'exemple qu'aux ordres. (Pline, in Paneg., c. xlv.)
' La plus douce manière de commander, c'est par l'exemple. (Pacatus, Paneg.]
* JUSTE-LIPSE, P0liliC.,\. II, c. 10.
la vaillance , la clémence. Ce sont les quatre vertus principesques et princesses en la principauté. Dont disoit Auguste ce tant grand prince ; la pieté et la justice déifient les princes'. Et Seneque dict que la clémence convient mieux au prince qu'à tout autre ^ La pieté du souverain est au soin qu'il doibt employer à la conservation de la religion , comme son protecteur. Cela faict à son honneur et à sa conservation propre 5 car ceux qui craignent Dieu n'osent attenter ny penser chose contre le prince , qui est son image en terre , ny contre Testât ; car, comme enseigne souvent Lactance ^ c'est la religion qui maintient la société humaine, qui ne peust autrement subsister, et se remplira tost de meschancetés , cruautés bestiales, si le respect et la crainte de religion ne tient les hommes en bride. Et au contraire Testât des Romains s'est accreu et rendu si florissant, plus par la religion, disoit Ciceron mesme , que par tous autres moyens "*. Parquoy le prince doibt soigner que la religion soit conservée en son entier selon les anciennes cérémonies et loix du pays , et empescher toute innovation et brouillis en icelle , chastier rudement ceux qui l'entreprennent -, car certainement le changeinent en la religion , et l'injure faite à icelle, traisne avec soy un changement et empirement en la republique , comme discourt très bien Mecenas à Auguste ^.
Après la pieté vient la justice , sans laquelle les estats ne sont que brigandage, laquelle le prince doibt garder et faire valoir et en soy et aux autres : en soy, car il faut abominer ces paroles tyranniques et barbares , qui dispensent les sou-
' August. apud Senecam , in Ludo.
' SÉNÈQUE, de Clément., 1. i, c. 5.
' De Ira Dei, c. xii et xiii.
'* Nec robore..., nec calliditate..., sedpielate ac religione..., omnes gentes, nalionesgue superavimus. (Cicer,, oratio de Aruspicum responsis , n" 19, in fine. )
^ Apud Dionem Cassium, 1. i.ii.