‹ De la sagesse; trois livresChapitre 288 sur 456 · LIVRE 111, CHAP. II · texte numérisé non relu

LIVRE 111, CHAP. II

dacio et frade iili imperantes debent ad commodum subditorum\ — Deciperc pro moribiis temporum, priidentia est\ II est bien hardy de tout simplement dire qu'il est permis. Mais bien pourroit-on dire qu'en cas de nécessité grande , temps trouble et confus , et que ce soit non seulement pour promouvoir le bien , mais pour destourner un grand mal de Testât , et contre les mescbans , ce n'est pas grande faute , si c'est faute.

Mais il y a bien plus grand doubte et difficulté en d'autres choses , pource qu'elles sentent et tiennent beaucoup de l'injustice : je dis beaucoup et non du tout ; car avec leur injustice, il se trouve quelque grain meslé de justice. Ce qui est du tout et manifestement injuste est reprouvé de tous , mesme des meschans , pour le moins de parole et de mine, sinon de faict. Mais de ces faicts mal meslés , il y a tant de raisons et d'authorités de part et d'autre , que l'on ne sçait pas bien à quoy se resouldre. Je les reduiray icy à certains chefs. Se despescher et faire mourir secrètement ou autrement sans forme de justice , certain qui trouble et est pernicieux à Testât et qui mérite bien la mort , mais Ton ne peust sans trouble et sans danger l'entreprendre , et le reprimer par voye ordinaire , en cela il n'y a que la forme violée. Et le prince n'est-il pas sur les formes et plus ?

Rongner les aisles et racourcir les grands moyens de quelqu'un qui s'esleve et se fortifie trop en Testât , et se rend redoutable au souverain , sans attendre qu'il soit invincible et en sa puissance , si la volonté luy advenoit d'attenter quelque chose contre Testât et la teste du souverain \

Prendre d'authorité et par force des plus riches en une grande nécessité et povreté de Testât.

Affoiblir et casser quelques droicts et privilèges , dont

■ Souvent ceux qui- gouvernent doivent employer le mensonge et la fraude pour l'avantage de leurs sujets. (Platon, de la Rép., l. v.) ' Tromper, selon les circonstances, c'est sagesse. (Pline, 1. vin, f^p. 18.) Aristote, Polilic, \. V, c. 11.

jouyssent quelques subjects, au préjudice et diminution de

l'authorité du souverain \

Préoccuper et se saisir d'une place , ville , ou province fort commode à Testât , plustost que la laisser prendre et occuper à un autre puissant et redoutable , au grand dommage , subjection et perpétuelle allarme dudit estât \

Toutes ces choses sont approuvées comme justes et licites par plusieurs grands et sages , pourveu qu'elles succèdent bien et heureusement, desquels voicy les mots et les sentences. Pour garder justice aux choses grandes , il faut quelques fois s'en destourner aux choses petites ^ ; et pour faire droict en gros , il est permis de faire tort en détail : qu'ordinairement les plus grands faicts et exemples ont quelque injustice , qui satisfaict aux particuliers par le proffit qui en revient à tout le public : omne magnum exemplum habet aliquid ex iniquo, quod adversus singulos utilitate publicâ rependitur ^. Que le prudent et sage prince non seulement doibt sçavoir commander les loix , mais encores aux loix mesmes , si la nécessité le requiert : et faut faire vouloir aux leix quand elles ne peuvent ce qu'elles veulent. Aux affaires confuses et déplorées le prince doibt suyvre non ce qui est beau à dire , mais ce qui est nécessaire d'estre exécuté. La nécessité , grand support et excuse à la fragilité humaine, enfreint toute loy; dont celuy-là n'est gueres meschant qui faict mal par contrainte : nécessitas, magnum imhecillitatis humanœ palrocinium , omnem legem frangit ^ : —

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