LIVRE III , CHAP. II
quoieiU bien les anciens Romains , rapportans à l'espargne de très grandes sommes et thresors des villes et pays vaincus, comme Tite-Live raconte de Camillus, Flaminius, Paul-iEmile, des Scipions, Liiculle, César-, et puis tirant des pays conquestés, soyt des naturels y laissés , ou des colonies y envoyées , certain revenu annuel. Les presens , dons gratuits , pensions , octrois , tributs des amis alliés et subjects, par testamens, donations entre vifs, ou autrement^ les entrées , sorties et passages de marchandises aux havres , ports et portes, tant sur les cstrangers que sur les subjects, moyen ancien, gênerai, juste et légitime, et très utile avec ces conditions ' : ne permettre la traitte ' des choses nécessaires à la vie, que les subjects n'en soyent pourveus, ny des matières crues, afïin que le subject les mette en œuvre , et gaigne le profit de la main -, mais bien permettre la traitte ^ des ouvrées : et au contraire permettre l'apport-^ des crues et non des ouvrées : et en toutes choses charger beaucoup plus l'estranger que le subject : car l'imposition foraine ^ grande accroist les finances et soulage le subject : modérer toutesfois les imposts sur les choses nécessaires à la vie que l'on apporte. Ces quatre moyens sont non seulement permis, mais justes, légitimes, et honnestes. Le cinquiesme, qui n'est gueres honneste, est le traflic que le souverain faict par ses facteurs ^ et s'exerce en diverses manières plus ou moins laides , mais le plus vilain et pernicieux est des honneurs , estats , offices , bénéfices. Il y a bien un moyen qui approche du traffic , et pour ce peust-il estre mis en ce rang , qui n'est pas fort deshonneste , et a esté practiqué par de très grands et sages princes , qui est de mettre les deniers de l'espargne et de reserve à quelque petit proffît,
' Dans tout ceci, Charron suit Bodin. (Voyez de la Rép.- 1. vi , c. 2.)
' L'exportation.
■' L'exportation des matières ouvrées ou travaillées.
^ L'importation.
' Une grande imposition sur le commerce étranger.
comme à cinq pour cent , et les bien asseurer soubs bons gages , ou caution suffisante et solvable. Cela sert à trois choses , à accroistre et faire profTiter les finances , à donner moyen aux particuliers de traffiquer et gaigner , et qui est bien le meilleur, à sauver les deniers publics des griffes des larrons de cour, importunes demandes, et flatteries des mignons, et facilité trop grande du prince. Et pour cette seule raison aucuns princes ont preste l'argent public sans aucun proffît ny interest , mais seulement à peine du double à faulte de payer au jour. Le sixiesme et dernier est aux emprunts et subsides des subjects, auquel il ne faut venir qu'à regret et lorsque les autres moyens défaillent , et que la nécessité presse Testât. Car en ce cas il est juste , selon la reigle , que tout est juste qui est nécessaire. Mais il est requis que ces conditions y soyent , après cette première de la nécessité : 1. Lever par emprunt (aussi se trouvera-t-il plustost argent à cause de l'espérance de recouvrer le sien , et que l'on n'y perdra rien , outre la grâce d'avoir secouru le public) et puis rendre , la nécessité passée et la guerre finie , comme firent les Romains , mis à l'extrémité par Annibal. 2. Que si le public est si povre , qu'il ne puisse rendre , et qu'il faille procéder par imposition , il faut que ce soit avec le consentement des subjects , leur représentant et faisant comprendre la povreté et nécessité, et preschant le mot du bon roy des roys , Dominus his opiis habet \ Jusques à leur faire voir, si besoin est , la recepte et la despense. La persuasion y peust estre employée sans venir à la contraincte , comme disoit Themistocles , impetrare nieliùs quàm imperare \ !l est vray que les prières des souverains sont commandeihens : satis Imperat qui rogat potentiâ • armatœ sunt preces regurn K Mais que ce soit par forme d'octroy et
' Le Seigneur en a besoin. (S. Mathieu, c. xxi , v. 3.) ^ Il vaut mieux demander qu'user de contrainte. ( Juste-Lipse , Polit., 1. IV, c. 11.)
' La puissance qui demande, ordonne: les prières des rois sont a r-