CHAPITRE III
Seconde partie de la prudence politique et du gouvernement d'estat, qui est de l'action et gouveinement du prince.
Ayant traicté de la provision , et instruit le souverain de quoy et comment il doibt garnir et munir soy et son estât, venons à l'action , et voyons comment il se doibt employer et se prévaloir de ces choses /c'est-à-dire en un mot, bien commander et gouverner. Avant traicter cecy distinctement selon le partage que nous en avons faict, nous pouvons dire en gros , que bien gouverner et se bien maintenir en son estât , gist à s'acquérir deux choses , bienveillance et authorité. La bienveillance est une bonne volonté et affection envers le souverain et son estât ; l'authorité est une bonne et grande opinion , une estime honorable du souverain et de son estât '. Par le premier le souverain et Testât est aymé : par le second il est craint et redoubté. Ce ne sont pas choses contraires , mais bien différentes , comme l'amour et la crainte. Toutes deux regardent les su')jects et les étrangers : mais il semble que plus proprement la bienveillance regarde les subjects, et l'authorité , les estrangers : ainorem apud populares , metum apud hostes quœrat ^. A parler tout simplement et absolument , l'authorité est plus forte et vigoureuse, plus auguste et plus durable. Le tempérament et l'harmonie des deux est chose parfaicte 5 mais selon
' La phrase qui contient ces définitions, et le paragraphe suivant, sont Uaduils de Juste-Lipse , Politic, 1. iv, c. 8.
' Qu'il cherche à inspirer de l'amour à ses compatriotes, de la crainte aux ennemis. '^TAcrrE, Annal., 1. sr, c. 10.)