‹ De la sagesse; trois livresChapitre 302 sur 456 · LIVRE III, CHAP. m · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. m

et lui faire teste. Aussi à cause d'icelle l'on ne l'ose attaquer, et tous recherchent d'estre bien avec luy. Elle est composée de crainte et de respect. Par ces deux le prince et son estât est redoutable à tous et asseuré. Pour acquérir cette authorité, outre la provision des choses susdites, il y a trois moyens qui se doibvent soigneusement garder en la forme de commander. Le premier est la sévérité , qui est meilleure , plus salutaire , asseurée et durable que l'ordinaire douceur et grande facilité. Ce qui vient premièrement du naturel du peuple , lequel , comme dict Aristote ' , n'est pas si bien nay, qu'il se range au debvoir par amour, ny par honte , mais par force et crainte des supplices , puis de la corruption générale des mœurs et desbauche contagieuse du monde , à laquelle ne faut pas penser pourvoir par douceur, qui ayde plustost à mal faire. Elle engendre mespris et espérance d'impunité, qui est la peste des republiques et des esta ts , illecebra peccandimaxima spes impunitatis'' . C'est une grâce envers plusieurs , et tout le public , de quelques fois en chastier bien quelqu'un. Et faut parfois couper un doigt pour empescher la gangrené de se prendre à tout le bras, selon la belle response d'un roy de Thrace ^, à qui l'on disoit qu'il faisoit l'enragé et non le roy -, que sa rage rendoit ses subjects sains et sages. La sévérité maintient les officiers et magistrats en debvoir, chasse les flatteurs, courtiers, meschans , impudens demandeurs et petits tyranneaux. Au contraire la trop grande facilité ouvre la porte à tous ces gens-là, dont il advient un espuisement des finances, impunité des meschans, apovrissement du peuple , comme les catarres et fluxions en un corps tlouet ^ et maladif tombent sur les parties plus foibles. La bonté de Pertinax , la licence

' Aristote, Elhic, 1. x, c. 10.

' CicÉRON, Orat. pro Milone , n» 43. La traduction précède. ' C'étoit Cotys. — Ployez Stobéf. , Sermoxi.w, de Regno , où il cite une letlre de Plutarquc.

^ Fluel.

d'Heliogabale, pensèrent perdre et ruiner l'empire : la sévérité de Severe et puis d'x\lexandre le restablit et remit en bon estât. Il faut toutesfois que cette sévérité soit avec quelque retenue , par intermission et à propos : affin que la rigueur envers peu de gens tienne tout le monde en crainte , ut pœna ad paucos metus ad omnes. Et les rares supplices servent plus à la reformation de Testât , a dict un ancien, que les frequens. Cela s'entend, si les vices ne se renforcent et ne s'opiniastrent pas : car lors il ne faut pas espargner le fer et le feu ,

Crudelem medicum intemperans aeger facit ' .

Le second est la constance , qui est une fermeté et resolution , par laquelle le prince marchant tousjours de mesme pied, sans varier ny changer, maintient tousjours et presse l'observation des loix et coustumes anciennes. Le changer et r'adviser, outre que c'est argument d'inconstance et irrésolution, apporte et aux loix, et au souverain, et à Testât , du mespris et mauvaise opinion. Dont les sages deffendent tant de rien remuer et rechanger aux loix et coustumes , fust-ce en mieux * : car le remuement apporte tousjours plus de mal et d'incommodités, outre Tincertitude et le danger, que ne peust apporter de bien la nouveauté. Parquoi tous novateurs sont suspects , dangereux, et à chasser. Et n'y peust avoir assez forte et suffisante cause ou occasion de changer, si ce n'est une très grande , évidente , et certaine utilité ou nécessité publique ^ En ce cas encores faudroit-il y procéder comme d'aguet *, doucement et lentement, peu à peu, et quasi insensiblement, leniter et lente ^.

' L'intempérance du malade force le médecin à devenir cruel. (Publics Syrus, Sentenl.)

' AtJGusT., apud Dion, 1. lu.

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