‹ De la sagesse; trois livresChapitre 312 sur 456 · LIVRE III, CHAP. m · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. m

dent \ Bref, cet ordre bien gardé rend l'armée presque invincible. Et au contraire plusieurs se sont vues perdre à faute d'ordre et de bonne intelligence.

La seconde partie de la discipline militaire regarde les mœurs , qui sont volontiers bien desbauchées et dilRcilement se reiglent parmy les armes , assidue dimicantihus difficile morum custodire mensuram '. Toutes fois il y faut mettre peine , et spécialement y installer, s'il se peust , trois vertus , continence, par laquelle toute gourmandise, yvrognerie, paillardise , et toute volupté infâme soit chassée , laquelle apoltronit et relasche le soldat, dégénérât à rohore ac virtute miles assuetudinc voluptatum ^ ^ tesmoins Annibal , qui fust amolli par délices en un hyver, et fust vaincu par les vices , luy qui estoit invincible , et vainquoit tout par armes. Modestie en paroles , chassant toute vanité , vanterie , braverie de paroles : la vaillance ne remue point la langue , mais les mains : n'est point harangueuse , mais exécute, viri nati militiœ factis magni, ad verborum linguœque certamina rudes : — discrimen ipsum certaminis differt : — viri fortes , in opère acres, ante id placidi^. Et au contraire les grands parleurs ne valent rien , nimii verbis, linguà féroces '". Or la langue est pour le conseil , la main pour le combat , dict Homère 5 en faict (c'est une simple et prompte obeyssance sans marchander ou contrerooller le$ commandemens des chefs ) , hœ sunt bonœ

' SÉNÈQUE, Episl. LIS. La traduction précède la citation.

' Il est difficile à des guerriers de conserver toujours de bonnes mœurs. (Cassiodore, l^ar. i, Episl. 9.)

^ Par l'habitude des voluptés, le soldat dégénère en force et en courage. (Tacite, Histor., 1. n, c. 62.)

* Les hommes nés pour la guerre, et grands par de hauts faits, sont très inhabiles aux combats de la parole : — tant ces genres de combats se ressemblent peu : — ces braves si violents dans l'action , sont hors de là calmes et pacifiques. (Tite-Li\'e, 1. ix, vii; Abistote, Ethic.)

^ Les trop grands parleurs ne sont redoutables que par la langue. (Ta- «TB, Histor., \. I, c. 36.)

miUliœ, celle, vereri, obedire '. Abstinence , par laquelle les soldats gardent leurs mains nettes de toute violence , fourrage, larcin. Voilà en somme la discipline militaire, laquelle le gênerai fera valoir par loyer et recompense d'honneur envers les bons et vaillans , et punitions sévères contre les defaillans; car l'indulgence perd les soldats.

C'est assez parlé des soldats , disons maintenant deux mots des chefs, sans lesquels les soldats ne valent rienj c'est un corps sans ame , un navire avec des vogueurs sans maistre qui tient le gouvernail. Il y en a de deux sortes : il y a le gênerai et premier ; et puis les subalternes , maistre de camp, colonels : mais le gênerai (qui ne doibt jamais estre qu'un, sous peine de perdre tout), c'est tout. C'est pourquoy a esté dict que l'armée vaut autant que vaut son gênerai. Et faut faire plus d'estat de luy, que de tout le reste, plus in duce reportes, quàm in exercitu"". Or ce gênerai c'est le prince mesme et souverain , ou celui qu'il aura commis et bien choisi. La présence du prince est de très grand poids et efficace pour obtenir la victoire -, redouble la force et le courage des siens , et semble estre requise , quand il y va du salut de son estât , ou d'une province. Aux guerres de moindre conséquence , il s'en peust déporter : dubiis prœliorum exemptus summœ rerum et imperii seipswn reservet ^. Au reste un gênerai doibt avoir ces qualités , sçavant et experim enté en l'art militaire , ayant veu et senty toutes les deux fortunes , secundarmn amhiguarumque rerum sciens eàque interritus ^. 2. Provident et bien advisé , et par ainsi rassis , froid et posé , eslongné de toute témérité

' tout l'art de la guerre est en ceci : vouloir, craindre, obéir. ( Thucyd., Hist.,\.^.)

* Tacite, de Morib. German., c. xxx. La traduction précède.

^ Que, ne s'exposant point aux hasards des combats , 11 se réserve seulement le commandement et les affaires les plus importantes. (Tacite, Hislor., 1. Il, c. 33.)

* Tacite, Annal., 1. 1, c. 64. La traduction précède.

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