‹ De la sagesse; trois livresChapitre 311 sur 456 · LIVRE m, CHAP. III · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAP. III

et ne se plient pas si bien à la discipline. 3. Le corps, duquel la stature grande est requise d'aucuns, comme de Marins et de Pyrrhus ' : mais encores qu'elle ne soit que médiocre , moyennant que le corps soit fort, sec, vigoureux, nerveux, d'un regard fier, c'est tout un , dura corpora , stricti artus, minax quitus, major animi vigor \ Les gros , gras, fluides n'y valent rien. 4. L'esprit , qui soit vif, résolu , hardi , glorieux , ne craignant rien tant que le deshonneur et le reproche. 5. Condition , qu'importe de beaucoup : car ceux qui sont de vilaine et infâme condition , de qualité deshonneste , ou bien qui se sont meslés de mestiers sédentaires , servans à délices et aux femmes , sont mal propres à cette profession ^.

Après le choix et l'élection vient la discipline : car ce n'est pas assez de les avoir choisis capables d'estre bons soldats , si l'on ne les faict ^ et s'ils sont faicts , si l'on ne les garde et entretient tels. Nature faict peu de gens vaillans : c'est la bonne institution et discipline''. Orl'onnesçauroit assez dire combien vaut et est utile la bonne discipline en la guerre : c'est tout , c'est elle qui a rendu Rome si florissante, et luy a acquis la seigneurie du monde : aussi l'avoient-ils en plus grande recommandation que l'amour de leurs enfens. Or le principal poinct de la discipline est l'obeyssance , à laquelle sert cet ancien précepte , que le soldat doibt plus craindre son chef, que l'ennemy ^.

Or cette discipline doibt tendre à deux fins : à rendre les soldats vaillans et gens de bien : et ainsi elle a deux parties ,

■ Ployez \ÉGÈcE, 1. I, c. 6, cIFrontin, Slratag., I. iv, c. 1.

' Une constitution robuste , des membres ramassés, un regard assuré, annoncent une plus grande force d'ame. (Tacite, de Morib. German., C.30.)

' f^oyez Thomas Morus , dans son Utopie.

< Paucos viros fortes natura procréât, bond tnstUulione plures reddit industria. (Végèce, 1. m, c. 2G.)

* A milUibus impcralorempotiùs, quàm hoslem mctui debere. (Val. Maxim., 1. ii, c. 2.)

la vaillance et les mœurs. A la vaillance trois choses servent : l'exercice assidu aux armes, auquel il les faut contenir sans relasche-, c'est d'où est venu le mot latin exercitus, qui signifie armée. Cet exercice des armes est une instruction à les bien manier et s'en servir, se dresser aux combats , tirer bien des armes , dextrement s'ayder du bouclier, discourir et se représenter tout ce qui peust advenir aux combats , et venir à l'essay, comme en bataille rangée : proposer prix aux plus adroits pour les eschauffer. Le travail qui est tant pour les endurcir à la peine , à la sueur, à la poussière, exercitus labore proficit, otio consenescit % que pour le bien et service de l'armée et fortification du camp, dont les fout apprendre à bien fossoyer, planter une palissade , dresser une barricade , courir, porter fardeaux pesans \ ce sont choses nécessaires tant pour se défendre , que pour presser et enclore l'ennemy. L'ordre , qui est de grand usage , et doibt estre en plusieurs façons gardé en la guerre : premièrement en la distribution des troupes en bataillons , regimens , enseignes, camerades. Secondement en l'assiette du camp, qu'elle soit en quartiers disposés avec proportions, ayant ses places , entrées , issues , logis à propos pour ceux de cheval et de pied, dont il soit aysé à chascun de trouver son quartier, son compagnon. Tiercement au marcher par campagne et contre les ennemis , que chascun tienne son rang 5 qu'ils soyent également distans les uns des autres sans trop se presser, ny s'eslongner. Tout cet ordre est bien nécessaire et sert à plusieurs choses. Il est fort beau à voir, resjouit les amis , estonne les ennemis , asseure l'armée , facilite tous ses remuemens et les commandemens des chefs : tellement que sans bruict , sans confusion , le gênerai commande , et de main en main son intention parvient jusques aux plus petits : imperium ducis simul omnes copiœ sentiunt, et ad nutum regentis sine tumultu respon-

• Une armée acquiert de la force par le travail ; elle s'affoiblit par l'oisiveté. (VÉGÈCE, 1. m, c. 26.)

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