‹ De la sagesse; trois livresChapitre 318 sur 456 · LIVRE m, CHAP. III. 50(t · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAP. III. 50(t

et heureusement soubsle bouclier '. Mais il faut qu'elle soit honneste et avec conditions raisonnables : autrement , combien qu'il soit dict qu'une paix fourrée ' est plus utile qu'une juste guerre ^, si est-ce qu'il vaut mieux mourir librement et avec honneur, que servir honteusement^. Et aussi pure et franche , sans fraude et feintise-, laquelle finisse la guerre , non la diffère ,/>rtc(? suspecta tutius belliim'" : toutesfois en la nécessité il se faut accommoder comme l'on peust. Quand le pilote craint le naufrage , il ftut ject pour se sauver, et souvent il succède bien de se commettre à discrétion de l'adversaire généreux : victores, qui sunt alto animo, — secundœ res in miserationem ex ira verlunt^. Aux vainqueurs , je conseille ne se rendre fort difliciles à la paix -, car bien qu'elle soit peust-estre moins utile qu'aux vaincus , si l'estelle : car la continuation de la guerre est ennuyeuse. Et Lycurgue deffend de faire la guerre souvent à mesmes ennemys , car ils apprennent à se deifendre , et enfin assaillir ^ Les morsures des bestes mourantes sont mortelles :

.... Fractis rébus violentior ultima virtus *.

Et puis l'issue est tousjours incertaine , meîior tutiorque certa pax speratâ Victoria j illa in tua, hœc in deorum

• Sub clypeo meliùs succedere pacis negolium. (Guillaume Neu- BRiGEs, Hisl. Angl., 1. ii , c. 12.)

' Une paix feinte et faite à dessein de se tronnper mutuellement, de se porter des coups fourrés.

^ Adpacem horlari ne desine, quœ, vel injusla, nlilior est quàm jusiissimum bellum. (Cicéron , 1. vu Ep. ad AUicum, Ep. xiv, in fine. )

■* Cum dignitate potiùs cadendiira, quàm cumignominiâ serviendum. (Cicéron , Philippic. m , n° 35. )

= La guerre est plus avantageuse qu'une paix douteuse. (Tacite, Histor., 1. IV, c. 49.)

« Dans la victoire , l'arae s'élève : les succès changent la colère en pitié. (JusTE-LiPSE, Polilic, 1. V, c. 19 ; Salluste, Orat. Lepidi, Hist., 1. 1.)

^ Plutarque, Vie de Lycurgue .

* Dans un extrême désastre, la valeur devient extrême. (Silius Italic, 1. I, v. 560.)

manu est '. Et souvent à la queue gist le venin , plus la fortune a esté favorable , plus la faut-il redouter :

Kemo se tutô diù

Periculis offerre tam crebris potest ' ;

Mais elle est wayment honorable , c'est gloire ayant victoire en main de se rendre facile à la paix : c'est monstrer que l'on entreprend justement , et sagement l'on finit la guerre. Et au rebours la refuser, et qu'il arrive un mauvais succès , c'est honte. L'on dict la gloire l'a perdu : il refusoit la paix et vouloit l'honneur; et il a perdu tous les deux ^ Mais faut octroyer une paix gracieuse et débonnaire , affin qu'elle soit durable : car si elle est trop rude et cruelle , à la première commodité les vaincus se révolteront : si bonam dederitis, fidam perpétuant; si malam, haud diuturnam^. C'est grandeur de monstrer autant de douceur envers les vaincus supplians , comme de vaillance contre l'ennemy '". Les Romains ont très bien practiqué cecy, et s'en sont bien trouvés.

' Une paix certaine vaut mieux que la victoire en espérance ; l'une est dans ta main, l'autre dans celle des dieux. ( Tite-Lite, 1. xxx, c. 30.)

' On ne peut impunément s'exposer long-temps à de si fréquents dangers. (SÉNÈQUE, Hercul. fur., acte ii , se. 2, v. .326.)

' Pacem contemnentes et gloriam appelentes , pacem perdunt et gloriam, dit S. Bernard , in EpistoUs , Ep. cxxvi.

'* Si la paix que vous donnez est généreuse, elle sera observée de bonne foi et perpétuelle; si elle est rigoureuse , elle ne sera pas de longue durée. (TiTE-LiYE, 1. VIII , c. 21. )

' Quanta pervicaciàin hostem, tantâ beneficentiâ adversus supplices utendum. (Tacite, Annal., 1. xii, c. 20.)

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