LIVRE III, CHAP. IV. 5â
raisonnable de se joindre aux bons et ceux qui ont le droict? Le sage Solon l'a ainsi jugé , voire il chastie rudement celuy qui s'en retire et ne prend party. Le professeur de vertu , Caton , l'a ainsi practiqué , ne se contentant de tenir un party, mais y commandant. Pour vuider ce doubte il semble que les hommes illustres, qui ont, et charge publique et crédit et suflisance en Testât , peuvent et doibvent se ranger du party qu'ils jugeront le meilleur; car ils ne doibvent abandonner en la tourmente le gouvernail du vaisseau, qu'ils conduisoient en bonace , doibvent servir à leur dignité , pourvoir à la seureté de Testât; et les privés ou qui sont moindres en charge et en suflisance d'estat , s'arrester et se retirer en quelque lieu paisible et asseuré durant la division , et tous les deux se comporter comme il va estre dict. Au reste, pour le choix du party, quelques fois il n'y a point de difficulté, car l'un est si injuste et si malheureux que Ton ne s'y peut mettre avec aucune raison. Mais d'autres fois la difficulté est bien grande, et puis il y a plusieurs choses à penser outre la justice et le droict des parties.
3. Venons à l'autre poinct qui est du comportement de tous. Or il se vuide en un mot par Tadvis et la reigle de modération , suivant Texemple d'Atticus ' , tant renommé pour sa modestie et prudence en tels orages, tenu tousjours et estimé pour favoriser le bon party , toutesfois sans s'envelopper aux armes et sans olîense de l'autre party.
Parquoy ceux qui sont déclarés d'un party s'y doibvent porter non outrés, mais" avec modération, ne s'embesongnant point aux affaires , s'ils n'y sont tout portés et pressés , et en ce cas s'y porter avec tel ordre et attrempance que l'orage passe sur leur teste sans off'ense , n'ayant aucune part à ces grands desordres et insolences qui s'y commettent-, mais au rebours les adoucissant, destournant, eslu-
pondit : « Je me tiendrai à l'écart sans entrer dans vos différends, et je serai la proie du vainqueur. » ( Vell. Paterc, 1. ii , c. lxxxvi.) ' ployez Cornélius Nepos , in f^ità T. Pomp. Atlici.
dant comme ils pourront. Ceux qui ne sont déclarés ny engagés à aucun party (desquels la condition est plus douce et meilleure), encores que peut-estre au dedans et en affection ils en ont un , doibvent demeurer neutres , c'est-à-dire ne se soucier de l'issue et de i'estat des uns ny des autres , demeurant à eux seuls , et comme spectateurs en théâtre se paissant des misères d'autruy. Tels sont odieux à tous , et courent enfin grande fortune , comme il se lit des Thebains en la guerre de Xerxes et de Jabes Galaad ' , neutralitas nec amicos paru , nec inimicos ioHW. La neutralité n'est ny belle ny honneste , si ce n'est avec consentement des partys , comme César qui déclara de tenir les neutres pour siens , au contraire de Pompée , qui les déclara ennemys ^ ; ou à un estranger, ou à tel, qui pour sa grandeur et dignité ne s'en doibt point mesler, mais plustost estre reclamé arbitre et modérateur de tous , ny aussi et moins encores inconstans, chancelans, métis, protées, plus odieux encores que les neutres , et offensifs à tous. Mais ils doibvent (demeurant partisans d'affection s'ils veulent , car la pensée et l'affection est toute nostre) estre communs en actions, offensifs à nuls , officieux et gracieux à tous , se complaignant du malheur commun. Tels ne se font point d'ennemys , et ne perdent leurs amys. Us sont propres à estre médiateurs et amiables compositeurs, qui sont encores meilleurs que les communs. Ainsi des non partisans qui sont quatre , deux sont mauvais , les neutres et les inconstans -, et deux bons^ les communs et les médiateurs , mais tousjours l'un plus que l'autre , comme des partisans il y en a deux , les outrés et modérés.
' Voyez , dans la Bible , le livre des Juges , c. xxi. ' La neutralité ne fait point d'amis, n'ôte point d'ennemis. (Tite-Live^ Lix,c. 3.) ' Voyez Suétone, in Cœsare, lxxi.