QUINTE-CURCE , 1. VI , C
sanguinaires, tant d'une part que d'autre, soit en les envoyant loing , soubs quelque beau prétexte et charge , en les divisant, ou en les employant contre l'estranger^ et traictant au reste doucement le menu peuple.
§. 12. Advis pour les particuliers en toutes les susdictes
divisions publiques.
Voilà plusieurs espèces de troubles et divisions publiques, ausquelles et à chacune d'icelles ont esté donnés advis et remèdes pour le regard du prince , maintenant il en faut donner pour les particuliers. Cecy ne se vuide pas en un mot : il y a deux questions : l'une , s'il est loisible à l'homme de bien de prendre party , ou demeurer coy \ l'autre en tous les deux cas , c'est-à-dire estant d'un party , ou n'en estant point , comment on s'y doibt comporter. Quant au premier poinct , il se propose pour ceux qui sont libres , et ne sont encores engagés à aucun party ; car s'ils y sont ja engagés, cette première question n'est pour eux : ils sont renvoyés à la seconde. Je dis cecy , à cause que l'on peut bien estre d'un party , non par choix et dessein , voire que l'on n'approuve pas , mais pource que l'on s'y trouve tout porté et attaché par très grandes et puissantes liaisons , que l'on ne peut honnestement rompre , qui couvrent et excusent assez, estant naturelles et équivalentes. Or la première question a des raisons et exemples contraires. Il semble , d'une part, que l'homme de bien ne sçauroit mieux faire que de se tenir coy 5 car il ne sçauroit s'immiscer à aucun party sans faillir, pource que toutes ces divisions sont illégitimes de soy , et ne peuvent estre menées ny subsister sans inhumanité et injustice. Et plusieurs gens de bien ont abhorré cela , comme respondict Asinius Pollio à Auguste, qui le prioit de le suyvre contre Marc- Antoine '. D'autre part est-il pas
' Quand Auguste pria Asinius Pollio de venir aveclui à la guerre contre Marc-Antoine, Asinius Pollio, lié par les bienfaits de ce dernier, lui ré-