‹ De la sagesse; trois livresChapitre 336 sur 456 · LIVRE m, CHAP. VI · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAP. VI

bien servir de son corps , et le rendre instrument propre à exercer la vertu. Au reste , le corps se conserve en bon estai par nourriture modérée , et exercice bien reiglé. Comment l'esprit doibt avoir part et luy faire compagnie aux plaisirs, il a esté dict cy-dessus , et sera encores dict en la vertu de tempérance.

Quant aux biens et au debvoir d'un chascun en cet endroict , il y a plusieurs et divers offices : sont sciences difTerantes qu'amasser des biens , conserver , mesnager , emploitter, et leur donner tour '. Tel est sçavant en l'un , qui n'entend rien en l'autre , ny n'y est propre. L'acquisition a plus de parties que toutes les autres. L'emploite ^ est plus glorieuse et ambitieuse. La conservation et la garde , qui est propre à la femme , est sombre.

Ce sont deux extrémités pareillement vicieuses : aymer et affectionner les richesses , les hayr et rejetter. J'entends richesses ce qui est outre et par dessus la nécessité et la suffisance. Le sage ne fera ny l'un ny l'autre , selon le souhait et prière de Salomon , ny richesse ny povreté^ mais les tiendra en leur rang, les estimant ce qu'elles sont, chose de soy indifférente , matière de bien et de mal , utiles à beaucoup de bonnes choses.

Les maux et misères , qui sont à l'affectionner et à hayr les biens, ont esté dicts cy-dessus ^ ; voicy maintenant la reigle en la médiocrité , qui est en cinq mots. 1 . Les vouloir, mais ne les aymer point , sapiens non amat divitias, sed mavult^. Tout ainsi que l'homme petit et foible de corps voudroit bien estre plus haut et plus robuste , mais c'est sans s'en soucier et sans s'en donner peine -, cherchant sans passion ce que la nature désire, la fortune ne nous en sçauroit priver. 2. Encores beaucoup moins les chercher

' Leur donner tour, c'est-à-dire les façonner, les cultiver, les emb«llir.

' L'emploi, l'usage.

' SÉNÈQUE, de Fila bealà, c, xxi , sub fine. Lsi, traduction précède.

aux despens et dommage d'autruy , ou par arts et moyens lasches et sordides , affin que personne ne nous les pleure, plaigne , ou envie s'il n'est malicieux. 3. Advenans et entrans par la porte honneste de devant, ne les point rebuter, ains gayement les accepter et recevoir en sa maison , non en son cueur, en sa possession , non en son amour, comme n'en estant dignes. 4. Les ayant , les employer honnestement et discrètement en bien méritant d'autruy ; affin que pour le moins soit autant honneste leur sortie que leur entrée. 5. S'en allant d'elles-mesmes , se desrobant, et se perdant , ne s'en contrister, ne s'en allant rien du nostre , si divitiœ effluxerint , non auferent nisi semetipsas \ Bref celuy ne mérite estre accepté de Dieu, et est indigne de son amour et de profession de vertu , qui faict cas des biens de ce monde ,

Aude , hospes , contemnere opes , et te quoque dignum • Finge Deo '

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