‹ De la sagesse; trois livresChapitre 365 sur 456 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Debvoir des parens et enfans '.

Le debvoir et obligation <les parens et enfans est réciproque et réciproquement naturelle : si celle des enfans est plus estroicte , ceUe des parens est plus ancienne , estant les parens premiers autheurs et la cause , et plus importante au public : car pour le peupler et garnir de gens de bien et bons citoyens , est nécessaire la culture et bonne nourriture

plus d'assaisonnement que de faste. — Ployez Cornélius-Nkpos , P^ie de Pomponius AUicm,c. xiii, et Montaigne, 1. m, c. 9.

' Mal dépensés.

' Voyez, comme objet de comparaison, Montaigne, I. i, c. 25, de l'InstiltiUon des enfants, et V Emile de Rousseau.

de la jeunesse , qui est la semence de la republique. Et ne vient point tant de mal au public de l'ingratitude des enfans envers leurs parens , comme de la nonchalance des parens en l'instruction des enfans : dont avec grande raison en Lacedemone , et autres bonnes polices , y avoit punition et amende contre les parens , quand leurs enfans estoient mal complexionnés. Et disoit Platon ' qu'il ne sçavoit point en quoy l'homme deust apporter plus de soing et de diligence, qu'à faire un bon fils. Et Crates s'escrioit en cholere : A quel propos tant de soing d'amasser des biens , et ne se soucier à qui les laisser "^ î C'est comme se soucier du soulier et non de son pied. Pourquoy des biens à un qui n'est pas sage et n'en sçait user? comme une belle et riche selle sur un mauvais cheval. Les parens donc sont doublement obligés à ce debvoir, et pource que ce sont leurs enfans , et pource que ce sont les plantes tendres et l'espérance de la republique -, c'est cultiver sa terre et celle du public ensemble.

Or cet office a quatre parties successives, selon les quatre biens que l'enfant doibt recevoir successivement de ses parens, la vie, la nourriture, l'instruction , la communication. La première regarde le temps que l'enfant est au ventre , jusques à la sortie inclusivement : la seconde , le temps de l'enfance au berceau, jusques à ce qu'il sçaclie marcher et parler : la tierce , toute la jeunesse -, cette partie sera plus au long et sérieusement traictée : la quatriesme est de leur affection , communication et comportement envers leurs enfans jà hommes faicts , touchant les biens , pensées , desseins.

La première , qui regarde la génération et portée au ventre, n'est pas estimée et observée avec telle diligence qu'elle doibt, combien qu'elle aye autant ou plus de part au bien et mal des enfans, tant de leur corps que de leurs esprits,

' Dans le Thcage.

'- Ployez Plutarque, Comment il faut nourrir le$ enfants.

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