LIVRE III, CHAP. XIV
non videret ; non alerc autem nunc suo latte qiiod videat jam viventem , jain hominem , jam matris officia implorantem ' ? 3. La nourriture , outre la mammelle , soit laict de chèvre , ou plustost beurre , plus subtile et aérée partie du laict , cuit avec miel et un peu de sel. Ce sont choses très propres pour le corps et pour l'esprit, par l'advis de tous les sages ' et grands médecins Grecs et Hébreux. Butyrum et mel comcdet , ut sciât reprobare malura et eligere boniim ^ La qualité du laict ou beurre est fort tempérée et de bonne nourriture \ la siccité du miel et du sel consomme l'humidité trop grande du cerveau et le dispose à la sagesse. 4. L'enfant soit peu à peu accoustumé et endurcy à l'air, au chaud et au froid -, et ne faut craindre en cela, veu qu'en septentrion ils lavent bien leurs enfans sortans du ventre de la mère en eau froide , et ne s'en trouvent pas mal K
Les deux premières parties de l'office des parens ont esté bientost expédiées : par où il apparoist que ceux ne sont vrays pères, qui n'apportent le soing, l'affection et la diligence à ces choses susdictes -, qui sont cause ou occasion par nonchalance ou autrement , de la mort ou avortement de leurs enfans \ qui les exposent estant nays , dont ils sont privés par les loix de la puissance paternelle. Et les enfans à la honte des parens demeurent esclaves de ceux qui les
' Est-il rien de plus contraire à la nature , qu'une mère , après avoir donné le jour à un être qui faisoit partie d'elle-même , le rejette aussitôt loin d'elle? Elle a nourri dans son sein un je ne sais quoi , qu'elle ne pouvoit ni connoître ni voir, et elle ne le nourrit pas de son lait lorsqu'elle le voit vivant , déjà homme , implorant les secours de sa mère!... (Aulu- Gelle, 1. XII, cl.) — f^oyez , dans VÉmile, l'éloquent plaidoyer de J.-J. Rousseau en faveur de l'allaitemenl maternel.
' Homère, Iliade, 1. x ; Galien , muUis locis.
^ !! mangera le beurre et le miel , afin qu'il sache rejeter le mal et choisir le bien. (Isaïe, c. vu, v. 15.)
^ Aristote, Politiq., l. vu, c, 17.
enlèvent et nourrissent , qui n'ont soing de les eslever et
préserver du feu , de l'eau , et de tout encombre.
La troisiesme partie, qui est de l'instruction, sera plus sérieusement traictée. Sitost que cet enfant marchant et parlant commencera à remuer son ame avec le corps , et que les facultés d'icelle s'ouvriront et desvelopperont la mémoire , l'imagination , la ratiocination , qui sera à quatre ou cinq ans, il faut avoir un grand soing et attention à la bien former -, car cette première teinture et liqueur , de laquelle sera imbue cette ame , aura une très grande puissance. 11 ne se peut dire combien peut cette première impression et formation de la jeunesse, jusques à vaincre la nature mesme : nourriture , dict-on , passe nature. Lycurgue le fit voir à tout le monde par deux petits chiens de mesme ventrée , mais diversement nourris , produicts en public : auxquels ayant présenté des souppes , et un petit lièvre , le nourry mollement en la maison s'arresta à la souppe ^ et le nourry à la chasse , quittant la souppe , courut après le lièvre '. La force de cette instruction vient de ce qu'elle y entre facilement et difficilement sort. Car y entrant la première y prend telle place et créance que l'on veut , n'y en ayant point d'autre précédente qui la luy conteste ou dispute. Cette ame donc toute neuve et blanche , tendre et molle , reçoit fort aisément le ply et l'impression que l'on luy veut donner, et puis ne le perd aisément \
Or ce n'est pas petite besongne que cette-cy , et ose-t-on dire la plus difficile et importante qui soit. Qui ne voit
' F'oyez Plutarque , Comment il faut nourrir les enfants , et aussi les Dits des Lacédémoniens.
' Altius prœcepta descendunt , quœ teneris imprimuntur œlatibus. (SÉNÈQUE , Consolât, ad Helviam, c. xvi.) — Horace a dit dans le même sens :
Quo semel est imbuta recens , servabit odorem
Testa diù
(ÊpisMi, i. l, V. 69. >