‹ De la sagesse; trois livresChapitre 374 sur 456 · I. 11 , c. 4 ; SÉNÈQDE, Ep. xcv · texte numérisé non relu

I. 11 , c. 4 ; SÉNÈQDE, Ep. xcv

' Toussera.

* On disoit proverbialement ergn gluc à toux qui faisoicnt de grands raisonnements qui ne concluoient rien.

Or, ce n'est pas assez d'avoir dict le faict, que la sagesse et la science ne vont gueres ensemble : il en faut chercher la raison , et en la cherchant je payeray et satisferay ceux qui pourroient estre offensés de ce que dessus , et penser que je suis ennemy de la science. C'est donc une question : d'où vient que sçavant et sage ne se rencontrent gueres ensemble. Il y a bien grande raison de faire cette question ; car c'est un cas estrange et contre toute raison qu'un homme pour estre sçavant n'en soit pas plus sage : car la science est un chemin , un moyen et instrument propre à la sagesse. Voicy deux hommes, un qui a estudié, l'autre non : celuy qui a estudié doibt et est obligé d'estre beaucoup plus sage que l'autre, car il a tout ce que l'autre a, c'est-à-dire le naturel , une raison , un jugement , un esprit, et outre cela il a les advis, les discours et jugemens de tous les plus grands hommes du monde , qu'il trouve par les livres. Ne doibt-il donc pas estre plus sage , plus habile, plus honneste que l'autre , puis qu'avec ses moyens propres et naturels , il en a tant d'estrangers , acquis et tirés de toutes parts? Comme dict quelqu'un, le bien naturel joinct avec l'accidentai faict une bonne composition, et neantmoins nous voyons le contraire , comme a esté dict.

Or la vraye raison et response à cela , c'est la mauvaise et sinistre façon d'estudier et la mauvaise instruction. Ils prennent aux livres et aux escholes de très bonnes choses , mais de très mauvaises mains : dont il advient que tous ces biens ne leur profiîtent de rien , demeurent indignes et nécessiteux au milieu des richesses et de l'abondance , et comme Tantalus près de la viande , en meurent de faim : c'est qu'arrivant aux livres et aux escholes , ils ne regardent qu'à garnir et remplir leur mémoire de ce qu'ils lisent et entendent, et les voilà sçavans , et non à polir et former leur jugement pour se rendre sages , comme celuy qui mettroit le pain dedans sa poche et non dedans son ventre , il auroit enfin sa poche pleine et mourroit de faim. Ainsi avec la mémoire

Page 1