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LIVRE III, CHAP. XIV. Gll

rendre vertl et vigoureux , indiffèrent aux viandes et au goust. Tout cecy sert non seulement à la santé , mais aux affaires et au service public.

Venons au troisiesme chef, qui est des mœurs, auxquelles ont part et l'ame et le corps. Cecy est double , empescher les mauvaises , enter et cultiver les bonnes. Le premier est encores plus nécessaire, et auquel faut apporter plus de soing et d'attention. Il faut donc de très bonne heure, et ne sçauroit-on trop tost empescher la naissance de toutes mauvaises mœurs et complexions , spécialement ceux icy , qui sont à craindre en la jeunesse.

Mentir, vice vilain et de valets , d'ame lasche et crainctive ; et souvent la mauvaise et trop rude instruction en est cause.

Une sotte honte et foiblesse, par laquelle ils se cachent, baissent la teste, rougissent à tout propos, ne peuvent supporter une correction , une parole aigre sans se changer tout. Il y a souvent en cela du naturel : mais il le faut corriger par estude.

Toute affectation et singularité en habits, port, marcher, parler, geste, et toutes autres choses, c'est tesmoignage de vanité et de gloire , et qui heurte les autres , mesme en bienfaisant. Licet sapere sine pompa , sine invidiâ \

Surtout la cholere , le despit , l'opiniastreté ; et pour ce il faut tenir bon , que l'enfant n'obtienne jamais rien pour sa cholere ou larmes de despit ; et qu'il apprenne que ces arts lui sont du tout inutiles , voire laides et vilaines : et à ces fins il ne le faut jamais flatter. Cela les gaste et corrompt , leur apprend à se despiter, s'ils n'ont ce qu'ils veulent , et

c. 15.) — L'accoutumance à porter le travail est accoutumance à porter la douleur, dit Montaigne en faisant la même citation. Voyez Essais, 1. 1, c. 25.

' Il faut être sage , mais sans affectation , et sans se rendre odieux aux autres. (Sénèque, Episl. cm.)

enfin les rend insolens , et que l'on n'en peut plus venir à bout. Nihil magis reddit iracundos quàm educatio mollis et blanda \

Il faut par mesme moyen luy enter les bonnes et honnestes mœurs, et premièrement l'instruire à craindre et révérer Dieu, trembler soubs cette infinie et incognue majesté ; parler rarement et très sobrement de Dieu , de sa puissance , éternité , sagesse , volonté , et de ses œuvres , non indifféremment et à tous propos , mais craintivement , avec pudeur et tout respect ^ ne disputer jamais des mystères et poincts de la religion , mais simplement croire , recevoir et observer ce que l'église enseigne et ordonne.

En second lieu , lui remplir et grossir le cueur d'ingénuité , franchise , candeur, intégrité , et l'apprendre à estre noblement et fièrement homme de bien , non servilement et mechaniquement , par craincte , ou espérance de quelque honneur, ou proflit, ou autre considération que la vertu mesme. Ces deux sont principalement pour luy-mesme.

Et pour autruy et les compagnies , le faut instruire à une douceur, soupplesse et facilité à s'accommoder à toutes gens et toutes façons ,

Omnis Aristippum decuit color, et status et res *.

En cecy estoit excellent Alcibiades. Qu'il apprenne à pouvoir et sçavoir faire toutes choses , voire les excès et les desbauches , si besoing est ^ mais qu'il n'ayme à faire que les bonnes. Qu'il laisse à faire le mal , non à faulte de courage, ny de force et de science , mais de volonté , multiim interest utrùm peccare quis nolit , aut nesciat ^.

Modestie , par laquelle il ne conteste et ne s'attaque ny à tous, comme aux plus grands et respectables, et à ceux qui

' Rien ne rend les enfants colères comme une éducation molle et efféminée. (SÉNÈQUE, de Ira, ii, 21.)

' Aristippe s'accommodoit de tout; de tout état, de toute manière de vivre. (Horace, Ep. 17, 1. i , v. 23.)

^ SÉNÈQUE , Fpist. xc. La citation est précédée d'une paraphrase.

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