LIVRE III, CHAP. XVII
prise : «' il ne doibt en ces trois cas promptement obeyr, mais les tenir en souffrance , et faire remonstrance une ou deux fois , et à la seconde ou troisiesme jussion obeyr. ' »
4. A ceux qui sont contre la loy de Dieu et de nature, il doibt se démettre et quitter sa charge, voire souffrir tout plustost que d'y obeyr et consentir : et ne faut dire que làdessus pourroit y avoir du double , car la justice naturelle est plus claire que la splendeur du soleil.
5. Tout cecy est bon pour les choses à faire -, mais après qu'elles sont faictes par le souverain, tant meschantes qu'elles soyent, il vaut mieux les dissimuler et en ensevelir la mémoire, que l'irriter et perdre tout (comme fit Papinian*) : frustra niti et nihil aliud nisi odlum quœrere, extremœ dementiœ est ^
Pour le regard des particuliers subjects , les magistrats se doibvent souvenir 1. que la puissance qu'ils ont sur eux, ils ne l'ont qu'en depost , et la tiennent du souverain , qui en demeure tousjours seigneur et propriétaire , pour l'exercer durant le temps qui leur a esté prefix.
2. Le magistrat doibt estre de facile accès , prest à ouyr et entendre toutes plainctes et requestes , tenant sa porte ouverte à tous, et ne s'absenter point , se souvenant qu'il n'est à soy, mais à tous , et serviteur du public , magna
' Ce paragraphe et le suivant sont pris dans Bodin , dont Charron paroît , dans tout ce chapitre , avoir adopté les principes.
* Caracalla , ayant tué son frère Géta , écrivit à Papinien de composer un discours pour excuser ce meurtre devant le sénat. Papinien répondit qu'il étoit plus facile de commettre un parricide que de l'excuser, et que c'étoit un second parricide d'accuser un innocent après lui avoir ôté la vie. Caracalla, irrité de cette réponse, le fit mourir, en 212, à l'âge de trentesept ans. Remarquons que Spartien , de qui nous tenons ce fait, le regarde comme une fable {voyez Spartien, de Caracalla, c. vin). Mais comment Bodin et Charron, qui l'ont copié, ont-ils pu blâmer Papinien d'avoir résisté aux ordres de Caracalla?
' Faire d'inutiles efforts , et ne vouloir d'autre fruit de ses fatigues que la haine publique, c'est le comble de la folie. (Sali.uste, Bell. JugurUi., e. III. )
servitus, magna fortuna '. A cette cause la loy de Moyse vouloit que les juges et les jugemens se tinssent aux portes des villes , affîn qu'il fust aysé à chascun de s'y adresser'.
3. Il doibt aussi esgalement recevoir et escouter tous , grands et petits , riches et povres , estre ouvert à tous , dont un sage le compare à l'autel , auquel on s'adresse estant pressé et affligé , pour y recevoir du secours et de la consolation.
4. Mais ne se communiquer point à plusieurs , et ne se familiariser si ce n'est avec fort peu , et iceux bien sages et sensés, et secrettement : car cela avilit l'authorité , trouble et relasche la fermeté et vigueur nécessaire. Cleon appelle au gouvernement du public , assembla tous ses amys, et renonça à leur amitié , comme incompatible avec sa charge 5 car, dict Ciceron , celuy despouille le personnage d'amy qui soustient celuy de juge^
5. Son oflice est principalement en deux choses : soustenir et garder l'honneur, la dignité et le droict de son souverain , et du public qu'il représente : gerere personam ciçitatis, ejus dignitatem et decus sustinere'^, avec authorité et une douce sévérité.
6. Puis comme bon et loyal truchement et officier du prince , faire garder exactement sa volonté , c'est-à-dire la loy, de laquelle il est exacteur, et est sa charge de la faire observer à tous, dont il est appelle la loy vive , la loy parlante.