‹ De la sagesse; trois livresChapitre 394 sur 456 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Debvoir des grands et des petits.

Le debvoir des grands est en deux choses : prester inaiu forte et employer leurs moyens et sang à la manutention et conservation de la pieté , justice du prince , de Testât, et généralement du bien public, duquel ils doibvent estre les colomnes, le soustien , et puis à la deffense et protection des petits affligés et opprimés , résistant à la violence des meschans , et comme le bon sang , courir à la partie blessée, selon le proverbe , que le bon sang, c'est-à-dire noble et généreux, ne peust mentir, c'est-à-dire, faillir où il faictbesoing. Par ce moyen , Moyse se rendit capable d'estre le chef de la nation des Juifs , entreprenant la deffense des injuriés et foulés injustement '. Hercules fut déifié délivrant delà main des tyrans les oppressés. Ceux qui ont faict le semblable ont esté dicts héros et demy-dieux , et à tels tous honneurs ont esté anciennement décernés , sçavôir est aux bien-meritans du public et libérateurs des oppressés. Ce n'est pas grandeur de se faire craindre et redoubler (sinon à ses ennemys) , et faire trembler le monde , comme font aucuns qui aussi se font hayr, oderint dùm metuant'^. Il vaut mieux estre aymé qu'adoré. Cela vient d'un naturel allier, farouche , dont ils morguent et desdaignent les autres hommes , comme l'ordure et la voirie du monde , et comme s'ils n'estoient pas aussi hommes , et de là dégénèrent à la cruauté , et abusent des petits , de leurs corps et biens : chose toute contraire à la vraye grandeur et noblesse qui en doibl prendre la deffense.

Le debvoir des petits envers les grands est aussi en deux

' Ployez V Exode , c. ii , v. 11 et suiv.

' Qu'ils haïssent, pourvu qu'il eraignenl. (EiNmus, dans Cicéron, de 0/^c.,l.i,c. 7.)

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