LIVRE III, CHAP. XVIII
choses : les honorer et respecter non seulement par cérémonie et contenance , qui se doibt rendre aux bons et aux meschans , mais de cueur et d'affection , s'ils le méritent et sont amateurs du public. Ce sont deux, honorer et estimer, deubs aux bons et vrayement grands ; aux autres ployer le genoùil , faire inclination de corps non de cueur, qui est estimer et aymer 5 puis par humbles et volontaires services, leur plaire et s'insinuer en leurs grâces ,
Principibus placuisse viris non ultima laus est ',
et se rendre capables de leur protection. Que si l'on ne peut se les rendre amys , au moins ne les avoir pas pour ennemys ^ ce qui se doibt avec mesure et discrétion. Car trop ambitieusement décliner leur indignation , ou rechercher leur grâce, outre que c'est tesmoignage de foiblesse, c'est tacitement les offenser et accuser d'injustice ou cruauté , non ex professa cavere aut fugerc : nam quem quis fugit, damnât '^ , ou bien leur faire venir l'envie de l'exercer, et d'excéder, voyant une si profonde et peureuse submission.